Le livre, un outil de liberté ?

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dimanche 26 novembre 2017

Le dernier violon de Menuhin de Xavier-Marie Bonnot




















Éditeur : Belfond
Parution : 17/08/2017
Nombre de pages : 265
Genre : littérature française

L'auteur : 















Xavier-Marie Bonnot est né à Marseille. Réalisateur de documentaires, il est aussi l’auteur de plusieurs polars : "La Première empreinte" (2002), "La Bête du marais" (2008), "La Voix du loup" (2006), "Les Âmes sans nom" (2009), "Le Pays oublié du temps" (2011), "Premier homme" (2013), "La dame de pierre" (2O15) qui a reçu le Prix Cognac du Polar Francophone 2016 et "La vallée des ombres" (2016). 

Quatrième de couverture : 


Les orphelins de l'enfance resteront toujours des adultes abandonnés. 
Rodolphe Meyer était violoniste célèbre. Le public l'adulait, les critiques l'encensaient. Mais l'alcool a vaincu l'artiste. 
Reclus dans une vieille ferme dont il vient d'hériter, Meyer vit ses derniers jours en compagnie du prestigieux Lord Wilton, le dernier violon de Yehudi Menuhin, modèle absolu de Rodolphe. Un matin d'hiver, alors que sa raison vacille, son double surgit de la nature sauvage et interroge l'artiste sur sa part d'ombre. Sur sa vérité. 

Roman intimiste au cœur des grands espaces, tour à tour hostiles ou bienveillants, Le dernier violon de Menuhin nous bouleverse par ce qu'il révèle de la solitude des hommes, au sommet de leur art... ou simples mortels.

Mon avis : 


« Pour ma part, quand j'irai dans la longue nuit du pourrissement, il restera quelques disques, des souvenirs de concerts, des articles élogieux, de l'orgueil sur papier ou plastique. De la parade ! Je n'ai servi à rien d'autre qu'à remplir des salles et à presser de la musique.
- C'est déjà pas mal, remarqua l'Autre.
- Sans doute, mais le prix à payer est élevé. Trop élevé pour moi. »

L'amour de la musique mérite-t-il tous les sacrifices ? Violoniste virtuose depuis son plus jeune âge, Rodolphe Meyer n'a vécu que pour son art, sous la houlette d'un père tyrannique l'empêchant de vivre sa vie d'enfant. Il a connu la gloire, l'amour et la défaite. Il a côtoyé les plus grands et s'est offert le dernier violon de son idole Yehudi Menuhin. Après avoir joué à guichets fermés, l'alcoolisme a eu raison de son succès, le public se lassant de ses excès. Vient l'heure du bilan quand ce dernier se retrouve face à lui-même, en seule compagnie de son violon et de sa dive bouteille, confronté à sa propre mortalité dans la solitude d'une ferme aveyronnaise reçue en héritage. Tutoyant la folie, l'homme fait un retour sur sa vie, se remémorant son enfance sacrifiée, ses peurs profondes noyées dans l'ivresse de la réussite, ses amours défuntes et l'extrême solitude qui embruma sa vie. Confronté à la mélancolie de grands espaces dominés par une nature âpre, Rodolphe Meyer va renouer avec sa part sauvage au risque de s'y brûler. Peut-on vraiment échapper à soi-même ?

J'ai retrouvé avec bonheur la plume délicate de l'auteur qui sait si bien nous décrire les tourments qui dévorent les hommes. Comme dans son précédent roman La vallée des ombresXavier-Marie Bonnot nous brosse le portrait d'un homme en rupture avec lui-même, un homme torturé par son passé qui tente de donner un sens à vie, un être laminé par des relations conflictuelles avec ses géniteurs. Le narrateur, un musicien de génie à la sensibilité à fleur de peau, est dominé par sa passion chronophage pour le violon, seul exutoire à une colère rentrée qui fait barrière à ses relations avec autrui. Ce livre est également une réflexion sur le thème épineux de la mortalité, cette machine à broyer qui menace tout homme et dont la finalité est de le réduire en poussière. La célébrité peut-elle permettre d'échapper à sa condition de mortel ou n'est-elle qu'une vaine tentative de fuir l'inéluctable ? Peut-on vraiment lutter contre la grande faucheuse ? Avec beaucoup de musicalité dans ses mots, Xavier-Marie Bonnot nous livre un récit mélodieux sur lequel plane l'âme apaisée du Grand Menuhin !



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samedi 11 novembre 2017

La fumée du diable de Valérie Valeix




















Éditeur : Éditions du Palémon
Parution : 01/10/2017
Nombre de pages : 428
Genre : policier

L'auteure : 


Née dans les Yvelines en 1971, passionnée d'Histoire, Valérie Valeix a été membre de la Fondation Napoléon. À la suite d'un déménagement en Normandie, intéressée depuis toujours par l'apiculture (son arrière-grand-père était apiculteur en Auvergne), elle fonde les ruchers d'Audrey. Elle s'engage alors dans le combat contre l'effondrement des colonies, la "malbouffe" et dans l'apithérapie (soins grâce aux produits de la ruche).
Elle eut l'honneur d'être amie - et le fournisseur de miel - de sa romancière favorite, Juliette Benzoni, reine du roman historique, malheureusement décédée en 2016. Cette dernière a encouragé ses premiers pas dans l'écriture "apicole".
Vous pouvez retrouver l'actualité de l'auteure sur son site : http://www.crimesetabeilles.fr/.

Quatrième de couverture : 

Éminente apicultrice consultante dans le Quercy, la jeune Audrey Astier parcourt le monde à la recherche de méthodes de travail différentes dans le but d’assurer la sauvegarde des abeilles. 
Audrey quitte son Quercy pour la Normandie, appelée au secours par Laure, une apicultrice dont les ruches ont été brutalement décimées au beau milieu d’un conservatoire de pommes biologiques. 
Trois jours après l’arrivée d’Audrey, Laure est retrouvée asphyxiée près de son enfumoir allumé… 
Audrey va retrouver le troublant lieutenant Steinberger qui lui fera découvrir les charmes de l’Alsace et de la langue alsacienne…

Mon avis : 

Amoureuse de la nature et fervente écologiste, Audrey Astier est une apicultrice réputée. Curieuse, intrépide et douée d'un flair imparable pour détecter les actes de nature criminelle, la jeune femme n'hésite pas à sortir le nez de ses ruches bien-aimées pour jouer les détectives, prenant souvent des risques inconsidérés. Appelée à l'aide par une consœur dont le cheptel a été mystérieusement décimé, l’enquêtrice va lever le voile sur un meurtre soigneusement déguisé en accident dont elle va s'acharner à percer le mystère. Épaulée par le fougueux lieutenant Steinberger et par son ami Lebel, un ancien adjudant aux allures de capitaine Haddock aussi habile à résoudre les crimes qu'à jouer les critiques gastronomiques, l'apicultrice de choc va devoir faire face à des événements qui sentent le souffre et dépassent de loin son domaine de compétence. Les différents protagonistes de cette affaire vont avoir maille à partir avec de redoutables adversaires et se retrouver mêlés à une ténébreuse affaire mêlant pollution de l'environnement, pratiques sataniques et sombre vengeance. Qui a dit que le monde des apiculteurs ressemblait à celui des bisounours ? 

Avec ce polar écologique et atypique, Valérie Valeix m'a permis de passer un savoureux moment de lecture. Fluide et riche en rebondissements, cette intrigue sympathiquement menée est pimentée par un humour omniprésent et de savoureux personnages qui sortent des sentiers battus sans être odieusement caricaturaux. Les amoureux de l'Alsace seront également séduits, l'un des personnages phares du roman nous y baladant au fil de cette lecture, grâce à l'usage récurrent du dialecte alémanique venant colorer les pages du récit. 
Entre crimes de sang, essaimage et biodiversité, voilà un polar qui ne vous laissera pas sur votre faim ! 




Merci à Babelio et aux Éditions du Palémon

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dimanche 29 octobre 2017

Les ombres innocentes de Guillaume Audru




















Éditeur : Éditions du Caïman
Parution : 09/12/2015
Nombre de pages : 260
Genre : polar rural

L'auteur : 
















Né en 1979 à Poitiers, Guillaume Audru qui est le vice-président de l'association poitevine L'Instant Polar est également le créateur du blog Territoire PolarsSon premier roman, L'île des hommes déchus, a reçu le prix du Balai de la Découverte en 2014. Les ombres innocentes est son second roman. 

Quatrième de couverture : 

Massif central, été 2013. Un vieillard est retrouvé hagard sur une route de Corrèze. Il a été frappé mais refuse de dénoncer ses agresseurs. Dans une ferme du plateau de l'Aubrac, une femme âgée, pendue à un croc de boucher de sa propre ferme, est découverte par son fils. Dans une clinique psychiatrique proche de Clermont-Ferrand, une femme oubliée de tous hurle sa haine. Trois affaires sans lien apparent. Trois personnes dont la vie va basculer. Matthieu Géniès, journaliste dans un canard de Corrèze. Serge Limantour, gendarme revenu de tout. Jeanne Roussillon, aide-soignante qui, jour après jour, tente de comprendre le mal qui ronge sa patiente.

Mon avis : 

« De son œil expert, il survole la une du canard pour rapidement se concentrer sur les pages consacrées aux faits divers. C'est là, selon lui, que se situe toute la misère et l'évolution du monde. Là où l'on voit que rien ne va plus, que tout se dérègle et que l'abysse n'est pas loin. »


Commissaire à la retraite désœuvré, Elie Sarrabé épluche chaque jour le quotidien Auvergnat La Montagne, à la recherche d'éléments qui pourraient bousculer son morne quotidien et lui apporter sa dose d'adrénaline. Ce matin là, un article rapportant des gestes de maltraitance sur un vieux paysan qu'il a côtoyé autrefois va réveiller son flair de limier, faisant remonter à sa mémoire un flot de souvenirs dérangeants. Elie se remémore cette vieille affaire qui a longtemps alimenté ses insomnies, le laissant aux prises avec des remords qui rongent ses vieux jours. Et si rien n'était fini ? Et si le passé prenait sa revanche ? Pourquoi ce coin de campagne réputé tranquille deviendrait-il soudain le théâtre d'actes barbares répétés ? Prêtant main-forte aux gendarmes chargés d'élucider cette affaire et secondé d'un jeune journaliste inexpérimenté et d'une aide-soignante au passé mystérieux, l'ancien policier  déterminé à lever le voile sur la vérité va repartir en chasse. Une traque à hauts risques qui lui permettra de terrasser ses vieux démons, mettant à jour une terrible vérité dont les origines remontent aux années 1980...

Loin de célébrer les charmes bucoliques de nos vertes contrées, Les ombres innocentes nous ouvre les portes d'un enfer rural peuplé d'une racaille en sabots dont les méfaits feraient presque rougir leurs homologues des cités. Dans ce roman noir à l'atmosphère poisseuse, bacchanales, maltraitances et malversations en tous genres rythment le quotidien d'une population campagnarde gangrenée par le vice et l’appât du gain. Mettant en relief les noirceurs de l'âme de protagonistes qui semblent contaminés par ce que la nature a de plus sauvage, Guillaume Audru nous livre une intrigue tortueuse au suspens intelligemment dosé dont le dénouement prend tout son sens à la lumière des dernières pages. Librement inspiré d'un scandale d'état médiatisé dans les années 2000, l'auteur frappe juste avec ce polar du terroir aussi dérangeant que prenant !



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samedi 14 octobre 2017

Allumer le chat de Barbara Constantine




















Éditeur : Points
Parution : 26/09/2013
Nombre de pages : 258
Genre : littérature française

L'auteure : 















Barbara Constantine, romancière, céramiste et scripte – elle a travaillé avec Cédric Klapisch –, vit en région parisienne. Elle est également l'auteure de Et puis, Paulette..., Tom, Petit Tom, tout petit homme,Tom et A méli sans mélo.

Quatrième de couverture : 


Bastos, le chat philosophe et pédant, parvient à échapper au fusil de Raymond. N'empêche qu'il le nargue ce chat ! Et il faut encore s'occuper du môme, un peu nul en foot, qui n'a rien trouvé de mieux que de choper de l'eczéma sur le visage... Sans compter son imbécile de père qui se fait encastrer par un cerf de deux cents kilos. Il y a franchement de quoi devenir allumé dans cette famille !

« Bonne nouvelle ! Les Deschiens ont fait un enfant à Queneau et le chat se porte bien. Allumer le chat, c’est un feu d’artifices. » Daniel Picouly

Mon avis : 

« – Passe-moi le fusil, j’vais allumer le chat ! 
Il n’a pas bu pourtant, juste quelques verres de rouge au dîner, autant dire rien. 
  – Et pourquoi tu veux l’allumer, dis ?
– Quand il me regarde, j’ai l’impression qu’il se fout de ma gueule. Alors, là, j’en ai marre… Je vais lui régler son compte à ce salopard ! »


Irrévérencieux et farceur, Bastos est bien le chat de ses maîtres, Raymond et Mine, de doux dingues qui n'ont pas la langue dans leur poche. Un duo plutôt effrayant pour leur petit-fils de cinq ans qui doit cohabiter avec eux, le temps que le grand-père rebouteux vienne à bout du vilain eczéma qui bourgeonne méchamment sur le visage du gamin. Faire face aux aléas de la vie, le petit bonhomme à l'habitude. Il faut dire que ses parents se soucient de lui comme d'une guigne et que sa génitrice est loin d'être une mère-poule ! Alors pourquoi pas ces deux drôles d'oiseaux finalement ? Le petit Rémy va faire son nid et vivre des aventures aussi ébouriffantes que formatrices, côtoyant une galerie de personnages colorés, aussi tendres que vénéneux et dont la grande majorité n'ont pas la lumière à tous les étages... à par peut-être Bastos le chat ? 
Dans ce roman articulé en soixante-dix chapitres, la joyeuse ménagerie qui compose ce livre n'en fait qu'à sa tête et n'obéit qu'à ses sens, vivant au quotidien des situations ubuesques. On mange salement, on s’enivre régulièrement, on s'engueule méchamment, on meurt bêtement... mais on ne s'ennuie jamais ! On n'hésite pas à vivre un retour à la vie sauvage dans le Montana, à swinguer dans un club de jazz à Budapest ou même à déguster du ragoût de vipère !

Avec "allumer le chat", Barbara Constantine nous entraîne dans une comédie déjantée où Garfield sèmerait la zizanie chez les Bidochon. Les aventures tragi-comiques des protagonistes, aussi inventives que farfelues, m'ont fait passer un divertissant moment de lecture. Pas de frein et nul temps mort, l'intrigue file à toute vapeur vers un final jubilatoire !
Vous souhaitez vous détendre les mandibules ? Je gage que ce livre réponde à vos attentes et vous donne rapidement le sourire aux lèvres !


 

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samedi 7 octobre 2017

Semblant sortir du noir de Marie-Laure Hubert Nasser




















Éditeur : Editions Passiflore
Parution : 01/09/2017
Nombre de pages : 176
Genre : littérature française

L'auteure : 





















Née à Clermont-Ferrand, Marie-Laure Hubert Nasser est actuellement directrice de la communication de la ville de Bordeaux. Engagée dans la lutte pour le droit des femmes, elle a crée le blog Allez bordelaises
Elle est l'auteure de Spleen machine (2015) et La carapace et la tortue (2013) pour lequel elle a reçu le Prix Saint Estèphe du Château Pomys 2015,  et le Prix du roman régional du Lions Club International 2015.

Quatrième de couverture : 


Le destin ne s’accomplit jamais selon nos plus belles espérances. Il nous surprend, nous renverse parfois, nous bouleverse souvent.

Nawel ne veut pas quitter sa maison et ses parents, même si elle sait que son avenir est compromis dans son pays en guerre. Luc ne peut imaginer rompre avec sa femme alors que leur vie conjugale s’est transformée en cauchemar, il garde l’espoir d’une famille unie, comme ses parents avant lui. Georgia refuse de quitter son enfance et de prendre la route comme son père le lui a demandé. Et Mélanie rejette de toutes ses forces la célébrité, même pour permettre à l’homme de sa vie de réaliser son rêve.

Faut-il croire qu’un chemin tout tracé guide nos pas, malgré nous ?


Mon avis : 


« L'existence était un effacement permanent. Notre peine s'était allégée et l'espoir renaissait. »


Quatre nouvelles, quatre destinées. Celles de trois femmes et un homme, qui se trouvant à un carrefour de leur vie devront faire face à des choix décisifs concernant leur avenir. Ont-ils vraiment le moyen de choisir ou sont-ils de simples pantins du destin conditionnés par le déterminisme social ?
La guerre, la mort, l'infidélité et même le succès vont venir bouleverser l'univers personnel des différents protagonistes. Déchirés, déstabilisés ou effrayés, en proie à des tourments divers, ces derniers vont se retrouver plongés dans les ténèbres, le temps de refaire surface et de renouer avec le fil interrompu de leur vie... C'est cet entre-deux que nous relate Marie-Laure Hubert Nasser. Cette période de latence où les différents acteurs de ces courtes nouvelles vont mettre leur vie entre parenthèses, se ménageant un temps de réflexion, de repli ou de deuil, étapes indispensables à leur équilibre ou leur survie future !

Malgré la noirceur du thème abordé, j'ai apprécié la lecture de ce recueil de nouvelles chargé de tendresse et d'émotions. Narrées sous la forme d'un monologue intérieur, ces brèves histoires se caractérisent par l'acuité de leur intimité confessionnelle. Sous la plume de l'auteure, les personnages qui se cognent à leurs destins nous livrent leur odyssée intérieure, bouleversés par la puissance de leurs sentiments intimes, s'abandonnant avec la même intensité à leur détresse qu'à leurs espoirs de renouveau. 
Sortis du noir, les personnages de Marie-Laure Hubert Nasser rayonnent par la vivacité de leur lumière !




Merci à Babelio et aux éditions Passiflore

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samedi 23 septembre 2017

Après le déluge de Joy Castro




















Éditeur : Folio
Parution : 08/04/2016
Traduction : Isabelle Maillet
Nombre de pages : 464 
Genre : littérature américaine

L'auteure :



















Née à Miami en 1967, Joy Castro vit actuellement à Lincoln et enseigne la littérature anglaise à l'université du Nebraska. Après le déluge, son premier roman, a été salué par Dennis Lehane. Elle est également l'auteure de Au plus près (Gallimard, 2016), dans lequel on retrouve la journaliste de choc Nola Céspedes.


Quatrième de couverture : 


Jeune journaliste ambitieuse, Nola rêve du prix Pulitzer mais est confinée aux pages Loisirs d’un quotidien de La Nouvelle-Orléans. Jusqu'au jour où on lui confie un reportage sur les délinquants sexuels libérés au moment de l’ouragan Katrina et qui, depuis, sont toujours dans la nature. Nola décide de rencontrer ces hommes pour connaître leur quotidien et comprendre leur vie. Au même moment des femmes disparaissent en plein jour dans les rues de La Nouvelle-Orléans…


Mon avis : 


« Avril est le mois le plus cruel, d'après Eliot, parce que le printemps révèle les aspirations secrètes en mêlant souvenance et désir.
C'était peut-être vrai dans les deux Angleterres d'Eliot, la vieille et la Nouvelle où la terre gèle, où les hommes s'emmitouflent dans des vêtements de laine.
Mais ici, à la Nouvelle-Orléans, le sol ne durcit jamais. Saturé de chaleur et d'humidité, il bouillonne et se soulève. La végétation est luxuriante toute l'année, les vrilles des plantes grimpantes partent à l'assaut de tous les supports auxquels s'accrocher.
Ici, souvenance et désir sont toujours mêlés et le désir ne s'endort jamais. »


L'intrigue de ce roman se déroule à la Nouvelle-Orléans, quelques années après le passage dévastateur de l'ouragan Katrina qui inonda quatre-vingts pour cent de la ville et fit de nombreuses victimes. 
Nola, journaliste intrépide qui couvre la rubrique Loisirs au Times-Picayune, rêve d'intégrer la section des Informations générales. Son rédacteur en chef va enfin lui donner l'opportunité de rédiger un papier sur un sujet plus sérieux que l'inauguration de la dernière boutique chic de la ville ou l'arrivée d'un dragon de Komodo au Zoo. Ce dernier lui propose d’enquêter sur la réinsertion des anciens délinquants sexuels dans la société. Un sujet non sans risque et un véritable défi que la jeune cubaine au caractère bien trempé espère bien relever, armée de son Beretta et de son fidèle dictaphone Olympus. Dans le même temps, des femmes sont kidnappées dans les lieux publics de la Nouvelle-Orléans et la ville est en ébullition face au danger qui plane dans ses rues...


"Après le délugeest un polar d'atmosphère qui ne manque pas de caractère. Sombre et bouillonnant, il nous entraîne dans les entrailles d'une ville lourde de secrets où les esprits s'échauffent dans la chaleur moite des rues qui vibrent au rythme endiablé du jazz. J'ai aimé les descriptions riches en détails des principaux quartiers de Big Easy, de la gastronomie locale et de l'histoire de la ville. A travers ce roman, l'auteure nous dresse également un portrait social des autochtones et nous parle du clivage entre les résidents privilégiés d'Audubon Place et les habitants du quartier de Metairie dévasté par le passage de l'ouragan Katrina, toujours en attente d'hypothétiques aides du gouvernement.
Riche et dense, ce roman à l'intrigue habilement menée et au style fluide se laisse lire avec beaucoup de plaisir. Si vous cherchez un polar intelligent et dépaysant, "Après le déluge" devrait combler vos attentes !



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dimanche 3 septembre 2017

Beaux rivages de Nina Bouraoui




















Éditeur : Le livre de Poche
Parution : 23/08/2017
Nombre de pages : 224
Genre : littérature française

L'auteure : 
















Née à Rennes en 1967 d'un père algérien et d'une mère bretonne, Nina Bouraoui est une écrivaine officier des Arts et des lettres. Elle est l'auteure de 15 romans dont La Voyeuse interdite (prix du Livre Inter 1991), La Vie heureuse (2002), Poupée Bella (2004), Mes mauvaises pensées (Prix Renaudot 2005), Standard (2014) et d'une pièce de théâtre Otages (2015).

Quatrième de couverture :


C’est une histoire simple, universelle. Après huit ans d’amour, Adrian quitte A. pour une autre femme  : Beaux rivages est la radiographie de cette séparation.
Quels que soient notre âge, notre sexe, notre origine sociale, nous sommes tous égaux devant un grand chagrin d’amour.
Les larmes rassemblent davantage que les baisers.
J’ai écrit Beaux rivages pour tous les quittés du monde.
Pour ceux qui ont perdu la foi en perdant leur bonheur.
Pour ceux qui pensent qu’ils ne sauront plus vivre sans l’autre et qu’ils ne sauront plus aimer. Pour comprendre pourquoi une rupture nous laisse si désarmés. Et pour rappeler que l’amour triomphera toujours. En cela, c’est un roman de résistance.
N. B.

Une nouvelle preuve du talent éclatant de Nina Bouraoui.  Alexandre Fillon, Lire.

Personne ne décrit comme elle le goût salé du bonheur retrouvé.  Olivia de Lamberterie, Elle.

Mon avis : 

«  Je n'avais pas vu les nuages arriver, notre ciel s'assombrir, sûre que l'horizon serait toujours dégagé, et si un jour il ne l'était plus, j'étais certaine que nous aurions assez de force et surtout assez d'ingénuité pour en chasser les orages. L'amour est ce qu'il y a de plus incertain : sublime dans son envol, hideux quand il se brise sans prévenir. »


Au bout de sept années d'un bonheur qu'elle croyait partagé et sans nuages, Adrien met autant d'empressement à quitter A. qu'il en a mis à la courtiser lors de leur rencontre. Elle n'a rien vu arriver et le choc est brutal quand son compagnon lui annonce sans ménagement et par le biais d'un sms qu'il renonce à  la rejoindre comme à l'ordinaire dans son appartement parisien, éprouvant un soudain et pressant besoin de retrouver sa liberté. Une évidence se fait jour dans l'esprit de la narratrice : Adrien a rencontré quelqu'un d'autre ! 
Mis au pied du mur, ce dernier finit par lui avouer qu'il est épris d'une autre femme et qu'il la quitte. A. va alors mener l'enquête, allant jusqu'à assouvir sa curiosité insatiable par le biais des réseaux sociaux, s'enférant encore plus dans son obsession pour cet amour perdu. Journal de bord d'une cuisante déception amoureuse, le récit de Nina Bouraoui nous immerge dans la taraudante introspection de cette femme qui cherche à mettre à jour les actes qu'elle n'a pas su interpréter, les signes qu'elle a refusé de voir ou les mots qu'elle n'a pas voulu entendre. Dans son esprit embrumé par le déni et la certitude de vivre un amour immuable, elle imagine en vain le moyen de récupérer son bonheur envolé. La descente aux abîmes sera longue avant d'aborder des rivages plus cléments...

"Beaux rivages", roman intimiste abordant les affres et les désillusions d'un chagrin amoureux, est à la fois intemporel et dans l'air du temps. Narré à la premier personne, ce récit retrace les différentes étapes d'un chagrin d'amour vécu en direct : la douleur ressentie, l'amertume, les ruminations intérieures et le pénible cheminement menant à la reconstruction et à la "guérison"... J'ai apprécié la lecture de ce texte à la fois profond et léger, poétique et réaliste, et qui sonne avec beaucoup de justesse. Percutants et riches en mots qui claquent, les écrits de cette auteure ne manquent pas de sel. Le thème universel des amours déçus est traité sans pathos excessif, avec beaucoup de sensibilité et un zeste d'ironie qui nous évite de frôler l'indigestion de sentiments mélodramatiques. Voilà un récit qui devrait aider les chats échaudés à apprivoiser l'eau froide avant de retrouver la douce chaleur du bonheur ronronnant retrouvé. Car oui, n'en doutez plus, comme nous le rappelle si justement Nina Bouraoui à travers cette autopsie fouillée d'une rupture, la vie continue après une déception sentimentale !



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