Le livre, un outil de liberté ?

Le livre, un outil de liberté ?

samedi 27 mai 2017

Les Québécois de Laurence Pivot et Nathalie Schneider



















Éditeur : Ateliers Henry Dougier
Parution : 04/05/2017
Nombre de pages : 144
Genre : document

Les auteures :

Laurence Pivot et Nathalie Schneider sont des journalistes franco-canadiennes. La première, qui est une ancienne immigrée au Québec, a épousé un Québécois. À son retour en France, elle a dirigé pendant plusieurs années le magazine hors-série annuel de L'Express " S'installer au Canada ". La seconde s'est établie à Montréal depuis 1993. Spécialiste en activités de plein air et en tourisme d'aventure, elle connaît très bien le territoire pour l'avoir sillonné au gré de ses reportages pour la presse écrite.

Quatrième de couverture :

Les Québécois ne sont ni nos cousins ni des Canadiens comme les autres
Loin des clichés que l'on peut lui attribuer tels que des hivers glacials et interminables, un accent à couper au couteau ou des bûcherons omniprésents... Le Québec est moderne, innovant et ambitieux. 
C'est pour apporter un nouvel éclairage sur ce pays contemporain qui nous fait tant rêver que les auteurs sont allées à la rencontre de ses habitants. Au détour de rencontres avec un immigré hongrois, le producteur de la série "Un gars, une fille", une journaliste d'origine marocaine ou un entrepreneur qui a lancé sa flotte de taxis électriques, c'est une autre vision du Québec qui se dessine. Celle d'un pays en avance qui revendique la plus grande égalité homme/femme, autorise depuis 2005 le mariage homosexuel, développe l'économie sociale ; mais qui possède aussi ses difficultés comme la révolution étudiante ou les débats sur la laïcité.

Mon avis :

Savez-vous à quoi font référence les expressions québécoises être un « pure laine », « tissé serré » et « né pour un p'tit pain » ? Avez-vous entendu parlé du réseautage ? Que savez-vous de la révolte du « printemps érable » et des événements qui furent à son origine ? Êtes-vous au courant que le Quebec est une société plus égalitaire que le moyenne de l'OCDE, notamment dans le domaine des relations hommes-femmes ? Savez-vous que le secteur qui reçoit le plus de subventions au Quebec est celui des arts et de la culture ? Quelle ville Québécoise, championne dans les domaines du numérique et du multimédia surnomme-t-on la « ville de tous les possibles » ? Connaissez-vous le brainstorming expérimental de C2 Montréal (C2 pour commerce + créativité) où le Startupfest ? Que savez-vous du Nord et de ses immenses espaces sauvages et des autochtones vivants au cœur de la taïga et de la toundra (Cris, Innus, Naskapis et Inuits) ? Connaissez-vous l'histoire d'Hydro-Quebec ?...

Riche en anecdotes et émaillé de nombreux témoignages, ce document de la collection lignes de vie d'un peuple est un précieux sésame pour celui qui souhaite en savoir plus sur le Quebec d'hier et d'aujourd'hui, que ce soit dans le domaine politique, économique, social ou culturel. Condensé sur seulement cent quarante-quatre pages, ce petit bouquin a tout d'un grand, grâce à la mine d'informations inédites qu'il vous fera découvrir.
Vous êtes français et vous envisagez de vous installer au Québec ? Alors notez bien ces précieux conseils délivrés par les deux auteures, si vous voulez éviter de passer pour un maudit Français : ne jamais se plaindre de l'hiver, ne surtout pas draguer sur son lieu de travail, éviter de se comparer aux Québécois pures laines et se trouver un nid douillet en dehors du Plateau-Mont-Royal déjà fortement saturé par les petits frenchies !



Merci à Babelio et aux éditions Ateliers Henry Dougier

Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 21 mai 2017

Seules les bêtes de Colin Niel




















Éditeur : Editions du Rouergue
Parution : 04/01/2017
Nombre de pages : 212
Genre : Polar

L'auteur : 



















Colin Niel, né à Clamart en 1976, est l'auteur de trois romans policiers situés en Guyane, "Les Hamacs de carton" (2012), "Ce qui reste en forêt" (2013) et "Obia"(2015). Il a reçu de nombreux prix littéraires, dont le Prix des lecteurs Quais du polar/20 Minutes et le Prix du récit de l’ailleurs (Saint Pierre et Miquelonen 2016, ainsi que le prix Landerneau du polar cette année, pour son tout dernier roman "Seules les bêtes" que je chronique ici.

Quatrième de couverture :


Une femme a disparu. Sa voiture est retrouvée au départ d'un sentier de randonnée qui fait l'ascension vers le plateau où survivent quelques fermes habitées par des hommes seuls. Alors que les gendarmes n'ont aucune piste et que l'hiver impose sa loi, plusieurs personnes se savent pourtant liées à cette disparition. Tour à tour, elles prennent la parole et chacune a son secret, presque aussi précieux que sa propre vie. Et si le chemin qui mène à la vérité manque autant d'oxygène que les hauteurs du ciel qui ici écrase les vivants, c'est que cette histoire a commencé loin, bien loin de cette montagne sauvage où l'on est séparé de tout, sur un autre continent où les désirs d'ici battent la chamade. Avec ce roman choral, Colin Niel orchestre un récit saisissant dans une campagne où le monde n'arrive que par rêves interposés. Sur le causse, cette immense île plate où tiennent quelques naufragés, il y a bien des endroits où dissimuler une femme, vivante ou morte, et plus d'une misère dans le cœur des hommes.


Mon avis :

« Comme quand t'es gamin et que tu te dis que le Causse c'est le plus bel endroit du monde sans voir ce futur qui se prépare, sans savoir que plus tard ces steppes sans fin tu pourras plus les regarder sans avoir envie de chialer. Et en moi j'ai senti revenir les nœuds de la solitude. »

L'hiver est diablement rude chez les caussenards. Entre la "tourmente" dont on craint les violentes bourrasques et la solitude qui broie le cœur des hommes, il faut avoir la peau dure. Lorsque la bourge locale disparaît lors d'une randonnée sur les hauts plateaux, tout le village est en ébullition et chacun y va de ses suppositions. Qu'est-il arrivé à Evelyne Ducat ? Disparition volontaire, accident ou meurtre ? Vous ne le saurez qu'après bien des détours, car l'auteur se plait à nous égarer sur des chemins de traverse avec beaucoup d'habilité, nous réservant un final vraiment ébouriffant ! 
Ce roman polyphonique donne la voix à cinq personnes venant d'horizons différents : une assistante sociale moins sage qu'elle n'y paraît, un paysan taiseux à deux doigts de se mettre une balle dans le buffet, une bimbo siliconée implorant Cupidon, un menteur patenté et un cocu moins niais qu'il n'en a l'air. L'auteur fait passer tout ce petit monde au confessionnal à tour de rôle, nous éclairant petit à petit sur la personnalité de chacun des protagonistes et sur les liens qui les relient. J'ai été vraiment bluffée par l'aptitude de Colin Niel à se glisser dans la peau de personnages aussi hétéroclites, mettant à jour leurs singularités respectives avec beaucoup d'aisance stylistique.
Vous avez envie de vous évader ? Voilà un polar rural qui devrait vous faire voyager vers des contrées beaucoup plus ensoleillées que les rudes terres du Causse, grâce à un habile tour de passe-passe littéraire ! 


Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 14 mai 2017

Les dieux du tango de Carolina de Robertis




















Éditeur : Le Cherche Midi
Parution : 18/05/2017
Traduction : Eva Monteilhet
Nombre de pages : 543
Genre : littérature américaine

L'auteure :















Carolina De Robertis est américaine d'origine uruguayenne. Elle a grandi en Angleterre et en Suisse et vit maintenant en Californie. Elle a travaillé pendant dix ans pour une association défendant les droits des femmes. La Montagne invisible, son premier roman, a connu un succès international et a été traduit dans dix-sept pays.

Quatrième de couverture : 

Février 1913. Leda a dix-sept ans. Elle quitte son petit village italien pour rejoindre en Argentine son cousin Dante, qu'elle vient d'épouser. Dans ses maigres bagages, le précieux violon de son père. 
Mais à son arrivée, Dante est mort. Buenos Aires n'est pas un lieu pour une jeune femme seule, de surcroît veuve et sans ressources : elle doit rentrer en Italie. Pourtant, quelque chose la retient... Leda brûle d'envie de découvrir ce nouveau monde et la musique qui fait bouillonner les quartiers chauds de la ville, le tango, l'envoûte. Passionnée par ce violon interdit aux femmes, Leda décide de prendre son destin en main. Un soir, vêtue du costume de son mari, elle part, invisible, à travers la ville. 
Elle s'immerge dans le monde de la nuit, le monde du tango. Elle s'engage tout entière dans un voyage qui la mènera au bout de sa condition de femme, de son art, de la passion sous toutes ses formes, de son histoire meurtrie. Un voyage au bout d'elle-même. 
Carolina De Robertis signe avec ce roman un texte d'une grande sensualité, une ode à la liberté, à la passion, à la vie. Pour accompagner la destinée de ces personnages sublimes et poignants, le tango, omniprésent, résonne à chaque page. Plus qu'un roman, ce texte est aussi un témoignage captivant sur la Buenos Aires du début du XXe siècle, et un document rare sur la naissance du tango. 

Mon avis : 


« La musique était une flèche qui transperçait les murs les plus épais. La musique faisait oublier les inégalités. La musique transcendait les siècles. C'était le nectar des démons, l'ambroisie de Dieu. »

Le jour où Leda découvre le tango, la tarentelle de son Italie natale lui semble tout d'un coup bien fade. Cette musique la prend aux tripes, l'ensorcelle. Tous ses sens se réveillent et se mettent à bouillonner, comme sortis d'une longue léthargie. 
Consécutivement au décès de son époux, un gréviste malchanceux tombé sous les balles de la police suite à une émeute sanglante, la jeune veuve devait quitter l'Argentine. Elle ne prendra jamais le bateau du retour, choisissant l'exil et ses périls pour vivre sa passion du tango. Un choix impossible et dangereux dans ce pays latin, où en 1913, la femme pauvre ne doit pas dépasser les limites de la cour du conventillo, et se contenter de travaux d'aiguilles si elle veut gagner quelques centavos. Renonçant à sa féminité, Leda endosse l'identité de son défunt mari. Désormais elle sera Dante, un jeune violoniste intrépide ne vivant que pour la musique. Interprète douée, elle jouera d'abord dans des bordels crasseux, finissant par être repérée par le leader d'un éclectique et talentueux trio mêlant bandonéon et violon. La formation musicale est bientôt rejointe par un pianiste et un contrebassiste. La réputation d'excellence de leur sextuor ne cessant de grandir, le groupe de musiciens finira par se produire dans les cabarets fréquentés par l'élite argentine. 
Leda n'existe bientôt plus, totalement écrasée par la personnalité imposante de Dante. Elle vit comme un homme et en vient à penser comme un homme. Surfant avec le danger, vivant des mêmes excès et brûlant des mêmes passions, elle prend de plus en plus de libertés, oublieuse du risque de se faire démasquer et de se brûler les ailes... 

Portrait d'une femme qui se veut affranchie de toutes contraintes en pays machiste, ce roman est un hymne à la liberté sous toutes ses formes. L'écriture de  Carolina de Robertis est poétique, subtile et audacieuse, flirtant délicieusement entre légèreté et gravité. Choisissant la musique comme vecteur d'autonomie, l'auteure nous brosse le portrait d'un peuple issu de l'immigration qui cherche désespérément ses repères dans une société dominée par l'oligarchie. Alors que certains protagonistes de cette histoire vont se livrer à une lutte acharnée contre le patronat en se mobilisant dans l'action syndicale, d'autres se jetteront à corps perdu dans le tango pour oublier leurs désillusions. Cependant, tous leurs actes tendront vers le même but : l'envie de voir se concrétiser leur rêve d'une vie meilleure. 
J'ai aimé l'immersion dans cette argentine multiculturelle et exotique, riche en couleurs et en saveurs, ainsi que la musicalité qui se dégageait de chaque ligne, transpirant à travers la plupart des personnages qui traversaient ce récit au chant mélodieux. 
Si le tango ne se danse pas seul, certains bouquins se dévorent en revanche dans la plus stricte intimité, tel cet addictif pavé au tempo endiablé dont j'ai difficilement pu me détacher avant la dernière ligne ! 


Merci à Babelio et aux éditions du Cherche Midi.

Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 7 mai 2017

Zone B de Marie Hermanson




















Éditeur : Actes Sud
Parution : 08/01/2014
Nombre de pages : 389
Traduction : Johanna Chatellard-Schapira
Genre : thriller

L'auteure : 



















Née à Göteborg en 1956, Marie Hermanson est une écrivaine et journaliste suédoise. Elle est l'auteur de dix romans, dont La plage, paru aux éditions du Serpent à plumes en 2009.

Quatrième de couverture : 

Daniel reçoit une lettre inattendue. Son frère jumeau Max, dont il n'a pas eu de nouvelles depuis des années, lui demande de venir le voir à Himmelstal, dans une maison de repos perdue au coeur des Alpes suisses. La raison du séjour de son frère reste obscure, mais selon Max, il s'agit juste d'un havre de paix paradisiaque pour les gens fortunés. Prétextant une affaire extrêmement urgente à régler, il propose à Daniel de se substituer à lui pour quelques jours. La perspective d'un petit séjour dans un établissement luxueux ne déplaît pas à Daniel et les deux frères échangent leur identité. Or lorsque Daniel comprend que Himmelstal n'est pas une clinique ordinaire, où les patients se remettent d'un simple burnout, niais un endroit complètement coupé du reste du monde, il est trop tard ; il est pris au piège. Masques d'apparence troublants, sourires un peu trop insistants, contours imprécis d'une doctrine inintelligible, les sombres lois de la vallée vont bientôt se révéler à lui dans toute leur perversité. A Himmelstal, personne n'est celui qu'il prétend. Avec une subtilité déconcertante, Marie Hermanson instaure un huis clos twinpeaksien et capture le lecteur dans les rets d'un thriller à double fond

Mon avis : 

Daniel et Max sont deux frères jumeaux que tout oppose. Sagesse et rigueur pour l'un, insubordination et démesure pour l'autre. Séparés dans la petite enfance car ils étaient trop fusionnels, les deux hommes (qui sont chacun le produit d'une éducation radicalement différente) ont bien du mal à se comprendre et à communiquer. Il en résulte une cassure irrémédiable dans leurs relations, et si leurs retrouvailles sont toujours heureuses, elles se terminent bien souvent en pugilat. Alors, quand son frère l'invite à le rejoindre dans la luxueuse et verdoyante clinique Suisse où il séjourne, ce n'est pas sans appréhensions que Daniel s'y rend. Max, qui lui dit être victime d'un burn-out, lui demande d'échanger leurs identités pour quelques jours, le temps de régler quelques affaires en Italie. Ce dernier, qui accepte à contrecœur, va voir un piège inéluctable se refermer sur lui. Pourra-il un jour ressortir d'Himmelstal ? Quel est ce lieu mystérieux ? Qui est réellement son frère ? Daniel va se trouver confronté à une sombre réalité qu'il était à mille lieux d'imaginer, même dans les méandres ténébreuses de ses pires cauchemars !

Bien que sans grande surprise, ce thriller reste un huit clos psychologique d'excellente facture, grâce à sa trame particulièrement bien ficelée et son suspens habilement entretenu. Marie Hermanson démontre qu'il est possible d'innover sur des thèmes largement rebattus, comme celui d'un individu piégé dans les geôles de l'enferment psychiatrique ou d'un homme se trouvant confronté à son double horrifique. J'ai particulièrement apprécié le décor helvète dans lequel l'auteure suédoise a choisi de faire évoluer ses personnages, son ambiance montagnarde, ses paysages vallonnés et ses chalets pittoresques. 
Vous êtes friands de polars qui baignent dans une atmosphère étrange et presque irréelle ? Alors bienvenue dans l'enfer doré d'Himmelstal !



Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 15 avril 2017

Crime impuni de Georges Simenon




















Éditeur : Le livre de poche
Parution : 28/10/2009
Nombre de pages : 128
Genre : Policier

L'auteur :


Georges Simenon est un écrivain  belge francophone, né à Liège le 12 février 1903. Après des études primaires et secondaires, il exerce divers petits métiers avant de se retrouver journaliste à la gazette de Liège. Il crée en 1931 le personnage de Maigret, qui le rendra célèbre dans le monde entier. Il a écrit 193 romans, 158 nouvelles ainsi que plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages. Une cinquantaine de ses romans ont été portés à l'écran. Georges Simenon est décédé à Lausanne le 4 septembre 1989.

Quatrième de couverture :


Des cris d'enfants éclatèrent dans la cour de l'école d'en face et Elie sut qu'il était dix heures moins le quart. Certaines fois, il lui arrivait d'attendre avec une impatience qui frisait le malaise ce déchirement brutal de l'air par les voix de deux cents gamins jaillissant des classes pour la récréation. On aurait juré que, chaque matin, quelques instants avant ce feu d'artifice sonore, le silence régnait plus profondément sur le quartier comme si celui-ci tout entier était dans l'attente.

Mon avis : 


- Il faut le punir.
Punir était un mot précis. Il n'était pas admissible que Michel jouisse indéfiniment de l'impunité. Il y avait quelque chose de scandaleux, d'insolent dans le bonheur qu'il affichait et qui était réellement en lui, baignant toutes les fibres de son être.


Pauvre comme Job et aussi laid de l'intérieur que de l'extérieur, la face de crapaud d'Elie et ses odeurs corporelles de jeune homme négligé n'inspirent que dégoût et pitié à son entourage. Oubliant ses réticences premières, sa logeuse finit par s'habituer à sa présence d'étudiant famélique, lui accordant même certains privilèges, lors d'épisodiques excès de bonté. Aussi, quand Michel s'installe dans la pension de famille où il séjourne depuis trois ans, Elie voit rouge, ne supportant pas la beauté et l'aisance naturelle de ce garçon né sous de biens meilleurs auspices que lui. Dernier arrivé, son rival récupère la plus belle chambre et devient bientôt l'objet de toutes les attentions de la logeuse, béate d'admiration devant cet étudiant fortuné. Refusant l'amitié que Michel lui propose, Elie en vient à le haïr, surtout quand il découvre que son adversaire a séduit la fille de la maison. Ce dernier, amusé par la situation, se divertit en le narguant de sa bonne fortune. Pris d'une folie meurtrière, Elie tire un coup de revolver dans la tête de son ennemi et prend la fuite, sans se douter que ce dernier a survécu à ses blessures. Vingt-cinq ans plus tard, les deux hommes vont se retrouver face à face par le plus grand des hasards...

D'une rare noirceur, ce roman décrit les tourments intérieurs d'un être veule et jaloux qui ne supporte pas la vision du bonheur d'autrui et qui fera tout pour y mettre fin. Avec la minutie d'un orfèvre, Georges Simenon nous dépeint les pensées confuses et torturées d'Elie, qui se pose en victime incomprise de celui qu'il n'aura de cesse de détruire, considérant la chance insolente dans laquelle baigne ce dernier comme une provocation à son égard. 
Ecrit en 1954, ce roman n'a pas pris une ride. J'ai pu à nouveau savourer la plume intemporelle de Georges Simenon, un auteur qui savait habilement nous décrire les vilenies et autres faiblesses dont l'être humain peut se rendre coupable, maîtrisant l'art de donner vie à des personnages de fiction qui semblaient plus vrais que nature !

Un bourreau.
Une victime.
Mais qui est le plus perfide des deux ?



Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 2 avril 2017

N'essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell




















Éditeur : Gaia
Parution : 07/09/2016
Traduction : Jean-baptiste Coursaud & Lena Grumbach
Nombre de pages : 588
Genre : littérature suédoise

L'auteur : 















Né en Suède en 1963, Jonas Gardell est Docteur en théologie, romancier, dramaturge, scénariste et comédien. Très apprécié en Suède pour son humour décapant, il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, traduits dans plus de vingt langues. N'essuie jamais de larmes sans gants a reçu le Prix Libr’à Nous 2017 dans la catégorie littérature étrangère. 


Quatrième de couverture : 


1982. Rasmus vient d’avoir son bac et quitte la Suède profonde pour la capitale. À Stockholm, il va pouvoir être enfin lui-même. Loin de ceux qui le traitent de sale pédé. Benjamin est Témoin de Jéhovah et vit dans le prosélytisme et les préceptes religieux inculqués par ses parents. Sa conviction vacille le jour où il frappe à la porte d’un homme qui l’accueille chaleureusement, et lui lance : « Tu le sais, au moins, que tu es homosexuel ? »

Rasmus et Benjamin vont s’aimer. Autour d’eux, une bande de jeunes gens, pleins de vie, qui se sont choisis comme vraie famille. Ils sont libres, insouciants. Quand arrive le sida. Certains n’ont plus que quelques mois, d’autres quelques années à vivre.
Face à une épidémie mortelle inconnue, toutes les politiques sociales ou sanitaires du « modèle suédois » échouent. Les malades séropositifs sont condamnés à l’isolement et à l’exclusion.
Un témoignage unique sur les années sida, un roman bouleversant.

Mon avis : 

- A ce qu'on m'a raconté, ces  élans sont blancs à cause d'une disposition génétique. Ils ne sont pas albinos mais bêtement différents. Dans cette région du Värmland, il en existe toute une lignée. Autrefois on leur attribuait des pouvoirs magiques, paraît-il qu'en tuer un portait malheur.
- Qui voudrait tuer un aussi bel animal ? s'exclame maman incrédule.
- Beaucoup de gens. Des gens qui trouvent qu'il n'a rien à faire chez nous , que son existence est une aberration de la nature. Qu'il est dégénéré si tu vas par là.
- Pourtant il existe proteste Rasmus.
- Certes, mais... Oui, non, enfin si, soupire papa. Il existe, ça on ne peut pas lui enlever.

Nous sommes dans les années 1980. Rasmus, qui se sent aussi déraciné que l'élan blanc qui a croisé son chemin quand il était petit garçon, quitte la ville de Koppom à l'âge de dix-neuf ans pour rejoindre les sirènes de Stockholm. Là-bas, il le sait, il pourra trouver le terreau qui lui sera favorable et oublier les quolibets pesants de ses camarades qui ne l'acceptent pas et se moquent de sa différence. Paul, de dix ans son aîné, va le prendre sous son aile et l'intégrer dans la famille de cœur qu'il a constituée, un noyau fort composé d'hommes qui veulent vivre leur singularité en toute liberté, et oublier le regard pesant que la société porte sur leur mode de vie que la plupart jugent indigne. Grisés par leurs désirs et ne sachant pas qu'une menace mortelle et inconnue les guettent, ces derniers vont multiplier les conduites à risques, fonçant plus sûrement vers la mort qu'un pilote qui conduirait un bolide à deux cent à l'heure sur une piste verglacée. Rasmus, lui-même, va multiplier les étreintes sans lendemain, avant de rencontrer Benjamin qui sera l'amour de sa vie. Il ne le sait pas, mais il est déjà trop tard ! Il a été contaminé par un virus destructeur qui va les décimer les uns après les autres, transformant les beaux éphèbes qu'ils étaient en vieillards prématurés et agonisants...

Mi-document, mi-roman, N'essuie jamais de larmes sans gants est un ouvrage sans concession sur le spectre du SIDA qui vint frapper de plein fouet et décimer une large frange de la population gay des années quatre-vingt ! Difficile de ne pas être ému par ce témoignage percutant qui a tout sauf la saveur sucrée d'un conte de fées. L'écriture de Jonas Gardell est incisive, riche en métaphores et d'un humour grinçant qui permet au lecteur de reprendre son souffle entre deux plongées en apnée au milieu de cette hécatombe ! 
Voilà une lecture que vous pourrez parcourir sans gants... mais pas sans mouchoirs ! 



Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 12 mars 2017

Dernier désir d'Olivier Bordaçarre




















Éditeur : Fayard
Parution : 03/01/2014
Nombre de pages : 288
Genre :  thriller

L'auteur : 






















Olivier Bordaçarre, né le 17 mai 1966 à Paris, est écrivain, metteur en scène de théâtre, dramaturge et comédien. Il est l’auteur de trois romans parus chez Fayard : Géométrie variable (2006), Régime sec (2008) et La France tranquille (2011). Son dernier roman Accidents est sorti en 2016 aux éditions Phébus.

Quatrième de couverture :

«Bonjour. Excusez-moi de vous déranger, je viens juste me présenter. Je suis votre nouveau voisin. J’ai emménagé dans la maison, là-bas, au bout du chemin. Je m’appelle Martin.
– Ah? Martin, vous dites? C’est drôle…
– Oui, Vladimir Martin. Pourquoi ?
– Eh bien… moi aussi, je m’appelle Martin!»
Alors qu’ils ont fui la ville, Mina et Jonathan Martin voient se rompre leur isolement. Élégant, riche, spirituel, Vladimir Martin est le voisin idéal. Un peu trop généreux peut-être…
Jonathan se méfie mais Mina n’y voit que du feu. Le nouveau venu ne leur veut-il que du bien ?
Avec un art maîtrisé du suspens, Dernier désir interroge nos aspirations secrètes dans une société de bonheurs factices. 

Mon avis :


La grisaille, leur avenir plus lugubre qu'une salle polyvalente, leur haine du familialisme traditionnel avaient cimenté leur complicité. Du Nord au Centre de la France en passant par Paris et sa banlieue, ils n'avaient jamais cessé de fuir jusqu'à la paisible écluse de Neuilly. Que fuyait donc le voisin ?


Mina et Jonathan Martin ont fui Paris et les tentations de la société de consommation pour acheter une maison à retaper dans la vallée de Germigny. Le couple et leur fils vivent chichement. Lui fabrique son miel et le vend sur les marchés pendant qu'elle occupe une place de guide dans un château de la région. Leurs modestes revenus leurs suffisent cependant pour vivre heureux dans leur cocon du bonheur, savourant au jour le jour les joies simples d'une vie dénuée de tout superflu. Malheureusement, ce bel équilibre va bientôt être rompu avec l'intrusion de leur nouveau voisin dans leur vie. D'un premier abord plutôt sympathique, ce dernier devient vite envahissant, vampirisant l'intimité du couple et les noyant sous les cadeaux futiles. Le ver est dans la pomme. Des frictions vont bientôt surgir au sein du foyer, attisés par des désirs de possession que l'on croyait oubliés...

Savoureux pamphlet contre la société consumériste, Olivier Bordaçarre nous livre une intrigue démoniaque, retorse à souhait et diablement bien ficelée. Goule et démon de la tentation, le personnage central de ce thriller représente un redoutable Nosferatu des temps modernes au service du Dieu Mammon, qui va s’immiscer dans les désirs secrets d'un couple afin de les pervertir et causer leur perdition.
Jusqu’où irions nous pour assouvir nos désirs immédiats ? 
Faut-il avoir pour être ? 
Est-ce que tout s'achète ? 
Le bonheur est-il dans le blé ou dans le pré ? 
"Dernier désir" aborde habilement toutes ces questions sous la forme d'un vénéneux polar qui vous fera regretter votre dernier achat compulsif !  


Rendez-vous sur Hellocoton !