Le livre, un outil de liberté ?

Le livre, un outil de liberté ?

samedi 2 septembre 2017

Après le déluge de Joy Castro




















Éditeur : Folio
Parution : 08/04/2016
Traduction : Isabelle Maillet
Nombre de pages : 464 
Genre : littérature américaine

L'auteure :



















Née à Miami en 1967, Joy Castro vit actuellement à Lincoln et enseigne la littérature anglaise à l'université du Nebraska. Après le déluge, son premier roman, a été salué par Dennis Lehane. Elle est également l'auteure de Au plus près (Gallimard, 2016), dans lequel on retrouve la journaliste de choc Nola Céspedes.


Quatrième de couverture : 


Jeune journaliste ambitieuse, Nola rêve du prix Pulitzer mais est confinée aux pages Loisirs d’un quotidien de La Nouvelle-Orléans. Jusqu'au jour où on lui confie un reportage sur les délinquants sexuels libérés au moment de l’ouragan Katrina et qui, depuis, sont toujours dans la nature. Nola décide de rencontrer ces hommes pour connaître leur quotidien et comprendre leur vie. Au même moment des femmes disparaissent en plein jour dans les rues de La Nouvelle-Orléans…


Mon avis : 


« Avril est le mois le plus cruel, d'après Eliot, parce que le printemps révèle les aspirations secrètes en mêlant souvenance et désir.
C'était peut-être vrai dans les deux Angleterres d'Eliot, la vieille et la Nouvelle où la terre gèle, où les hommes s'emmitouflent dans des vêtements de laine.
Mais ici, à la Nouvelle-Orléans, le sol ne durcit jamais. Saturé de chaleur et d'humidité, il bouillonne et se soulève. La végétation est luxuriante toute l'année, les vrilles des plantes grimpantes partent à l'assaut de tous les supports auxquels s'accrocher.
Ici, souvenance et désir sont toujours mêlés et le désir ne s'endort jamais. »


L'intrigue de ce roman se déroule à la Nouvelle-Orléans, quelques années après le passage dévastateur de l'ouragan Katrina qui inonda quatre-vingts pour cent de la ville et fit de nombreuses victimes. 
Nola, journaliste intrépide qui couvre la rubrique Loisirs au Times-Picayune, rêve d'intégrer la section des Informations générales. Son rédacteur en chef va enfin lui donner l'opportunité de rédiger un papier sur un sujet plus sérieux que l'inauguration de la dernière boutique chic de la ville ou l'arrivée d'un dragon de Komodo au Zoo. Ce dernier lui propose d’enquêter sur la réinsertion des anciens délinquants sexuels dans la société. Un sujet non sans risque et un véritable défi que la jeune cubaine au caractère bien trempé espère bien relever, armée de son Beretta et de son fidèle dictaphone Olympus. Dans le même temps, des femmes sont kidnappées dans les lieux publics de la Nouvelle-Orléans et la ville est en ébullition face au danger qui plane dans ses rues...


"Après le délugeest un polar d'atmosphère qui ne manque pas de caractère. Sombre et bouillonnant, il nous entraîne dans les entrailles d'une ville lourde de secrets où les esprits s'échauffent dans la chaleur moite des rues qui vibrent au rythme endiablé du jazz. J'ai aimé les descriptions riches en détails des principaux quartiers de Big Easy, de la gastronomie locale et de l'histoire de la ville. A travers ce roman, l'auteure nous dresse également un portrait social des autochtones et nous parle du clivage entre les résidents privilégiés d'Audubon Place et les habitants du quartier de Metairie dévasté par le passage de l'ouragan Katrina, toujours en attente d'hypothétiques aides du gouvernement.
Riche et dense, ce roman à l'intrigue habilement menée et au style fluide se laisse lire avec beaucoup de plaisir. Si vous cherchez un polar intelligent et dépaysant, "Après le déluge" devrait combler vos attentes !



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dimanche 6 août 2017

Le cercle de Dave Eggers




















Éditeur : Folio
Parution : 08/06/2017
Nombre de pages : 576
Genre : dystopie

L'auteur : 
















Né en 1970 à Boston dans le Massachusetts, Dave Eggers est romancier et nouvelliste. Dans l'enseignement, il vit entre Chicago et San Francisco. Après des études à l'université de l'Illinois, il fonde en 1998, à San Francisco, la McSweeney's, une maison d'édition indépendante qui publie, outre des livres, une revue du même nom. Aujourd'hui considéré comme l'un des protagonistes les plus importants du renouveau de la littérature américaine, ses principaux livres sont édités aux éditions Gallimard. Il est l'auteur de "Une œuvre déchirante d'un génie renversant" (2001), "Suive qui peut" (2003), "Pourquoi nous avons faim" (2007), "Zeitoun" (2012) et "Un hologramme pour le roi" (2014). "Le grand Quoi" (2009) a été récompensé par le prix Médicis étranger 2009, à l'unanimité.

Quatrième de couverture :

Quand Mae Holland est embauchée par le Cercle, elle n’en revient pas. Ce géant d’Internet relie e-mails, réseaux sociaux et transactions bancaires dans un système universel, clé de voûte d’une société numérique prônant la civilité et la transparence. Mae se passionne pour son nouveau travail - même s’il l’absorbe entièrement, l’éloignant de ses proches, et même si elle s’expose aux yeux du monde en participant au dernier projet du Cercle, une avancée technologique aussi considérable qu’inquiétante… Ce qui ressemble d'abord au portrait d’une femme ambitieuse devient rapidement un roman au suspense haletant, qui étudie les liens entre vie privée et addiction aux réseaux sociaux, et interroge les limites de la connaissance.

Mon avis :

« LES SECRETS SONT DES MENSONGES
PARTAGER, C'EST AIMER
GARDER POUR SOI, C'EST VOLER »

Qu'est-ce que Le Cercle ? Au départ, une start-up innovante spécialisée dans les nouvelles technologies et destinée à faciliter les échanges virtuels et le marchandage en ligne, grâce à un compte client unique et personnalisé qui regroupe les informations personnelles et bancaires de chacun de ses membres. Recommandée par sa meilleure amie, Mae Holland est embauchée au pôle "Expérience client" de cette entreprise qui prône le PPT : Passion, Participation et Transparence. Volontaire et bosseuse, la jeune diplômée assimile très vite les codes de l'entreprise et devient l'un des membres les plus actifs des "Vendredi du rêve", cénacle où chaque participant est convié à présenter un projet novateur, destiné à améliorer le bien-être et/où la sécurité des membres de la communauté. Les propositions affluent, toujours plus audacieuses et intrusives quand à la vie privée des adhérents du réseau... 

Avec Le Cercle, Dave Eggers nous propose une dystopie fouillée et très crédible sur le thème d'un futur proche dominé par un puissant réseau social qui régnerait en maître sur nos destinées, l'auteur s'interrogeant intelligemment sur les dérives qui pourraient en découler. Captivée par la lecture du livre, je le fus moins par le visionnage du film qui nous livre une version beaucoup trop aseptisée du bouquin dont la plupart des audaces ont été gommées ! 
Jusqu'où peut-on aller au nom de la transparence sans renoncer à nos libertés ? Que seraient nos vie si le partage devait s’étendre jusqu'au moindre de nos actes, si penser individuellement était désormais considéré comme un acte d’égoïsme, et si renoncer à notre intimité était assimilé à un acte de civilité ? 
Attention à la toute-puissance du Cercle, la complétude n'est pas forcément là où on l'attend ! 


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samedi 15 juillet 2017

Le monde en stop de Ludovic Hubler


Éditeur : Pocket
Parution : 28/04/2016
Nombre de pages : 576
Genre : document

L'auteur : 
















Né en 1977, Ludovic Hubler est diplômé de l'école de commerce de Strasbourg. Après ses études, il décide de réaliser le tour du monde en utilisant uniquement le stop sous toutes ses formes pour se déplacer. Il raconte son incroyable expérience dans Le Monde en stop : cinq années à l'école de la vie (Géorama, 2009), lauréat du prix Pierre Loti, il est désormais entrepreneur social et conférencier. Il est possible de suivre l'actualité de l'auteur sur son site : http://www.ludovichubler.com/

Quatrième de couverture : 


Le 1er janvier 2003, à l'âge de 25 ans, son diplôme en poche, Ludovic Hubler se lance dans un " tour des hommes ". Il veut découvrir le monde avant de s'engager dans la vie professionnelle. Son aventure va durer cinq ans. 

170 000 kilomètres parcourus, 59 pays traversés et plus de 1 300 conducteurs pour réaliser un périple à la seule force de son pouce. Du " voilier-stop " pour traverser les océans, du " brise-glace-stop " pour se rendre en Antarctique, du " dromadaire-stop " en plein cœur du Sahara. Des rencontres aussi nombreuses que variées, notamment celle avec le Dalaï-Lama, mais aussi celles de milliers d'étudiants lors des nombreuses conférences données en cours de route. 

Un voyage d'une richesse incroyable, une aventure humaine extraordinaire sur laquelle souffle un vent de liberté qui fait rêver. 

Mon avis : 

La sagesse populaire dit que les voyages forment la jeunesse. Ludovic Hubler a repris ce vieil adage au pied de la lettre. Enfin presque, car le moyen de locomotion que ce jeune diplômé a employé pour réaliser son rêve d'enfance est un peu particulier. Tel Jack Kerouac, célèbre pouceux en son temps, ce dernier a décidé de recourir à l'auto-stop pour partir à la découverte de notre belle planète. Son périple qui devait durer deux ans va en prendre cinq. Le globe-stoppeur décidera en chemin de s'arrêter plus longtemps que prévu dans certains pays comme les États-Unis, le Canada et l'Inde, posant son sac à dos pour donner des conférences dans les universités ou apporter son aide dans le domaine humanitaire. La méconnaissance des traditions ou la barrière de la langue auraient pu être de sérieux obstacles pour poursuivre cette odyssée dans certaines contrées reculées ou réputées dangereuses. Le téméraire voyageur qu'est Ludovic Hubler les contournera avec habileté, grâce à sa simplicité, son humour et son respect des us et coutumes des autochtones rencontrés, lui permettant même de se fondre "tel un caméléon" au milieu des peuples, et d'être facilement adopté.

Digne héritier d'André Brugiroux, Ludovic Hubler nous livre un témoignage vivifiant, humain et enrichissant. Pari réussi pour l'auteur, qui nous permet l'évasion à chaque page tournée. Narré dans un style simple mais efficace, ce récit de voyage teinté d'humanité, riche en aventures et en anecdotes, est une vraie pépite du genre. J'ai eu l'impression de cheminer au côté de ce touriste au long cours et de partager l'épopée riche en surprises et rebondissements de ce globe-stoppeur toujours respectueux d'autrui et de la nature.
Vous rêvez de voyager sans bouger de votre canapé ou d'avoir un avant-goût de votre futur périple ? Ce tour du monde en stop devrait combler votre désir d'arpenter les grands espaces sans lever un orteil !




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dimanche 25 juin 2017

Manet, Le secret de Sophie Chauveau




















Éditeur : Folio
Parution : 24/03/2016
Nombre de pages : 487
Genre : biographie

L'auteure : 












Née le 30 janvier 1953, Sophie Chauveau est écrivaine, journaliste et metteur en scène. Elle est l'auteure de romans, dont Les belles menteuses et Mémoires d'Hélène, d'essais comme Débandade ou Éloge de l'amour au temps du sida, et d'une monographie sur l'art comme langage de l'amour. Elle s'est documentée durant quatre ans pour écrire La passion Lippi, premier volet d'une trilogie qu'elle a poursuivie avec Le rêve Botticelli et L'obsession Vinci sur le siècle de Florence. Avec Diderot, le génie débraillé, elle s'est penchée sur le siècle des Lumières et des encyclopédistes, et a poussé son enquête du XVIIIe siècle avec Fragonard, l'invention du bonheur. Noces de Charbon, prix Paul-Féval de la Société des Gens de Lettres 2014, a paru en 2013. Manet, le secret revient sur la vie de l'auteur du Déjeuner sur l'herbe dans un Paris bouleversé par la guerre de 1870 et la frénésie haussmannienne.

Quatrième de couverture : 

« Chaque époque est dotée par le ciel d'un artiste chargé de saisir la vie de son temps et d'en transmettre l'image aux époques suivantes. C'est toujours des pierres dont on a lapidé l'homme, qu'est fait le piédestal de sa statue. » Le scandale est inouï, inconcevable aujourd'hui, quand Edouard Manet présente enfin un tableau, Le Bain, au Salon des "Refusés" en 1863 aux Champs-Elysées. Il entraîne à sa suite Monet, Renoir, Degas, Pissarro, et tous ceux qu'on appellera bientôt les impressionnistes. Sophie Chauveau nous invite à rencontrer l'homme derrière le peintre, et nous plonge dans un Paris bouleversé par la guerre de 1870 et la frénésie haussmannienne.

Mon avis : 

Mais qui était Edouard Manet ? Celui que l'on nomme le chef de fil des impressionnistes et le père de la peinture moderne était un homme à part, un original qui voulait à tout prix se démarquer de son père, Auguste Manet. Ce dernier, haut fonctionnaire rigide, souhaitait faire de son cancre de fils le maire de Gennevilliers, tout comme lui et ses ancêtres, héritiers de cette noble fonction depuis huit générations. Edouard va se rebeller et dit NON. Il refuse d'étudier le droit. Il VEUT être peintre ! La punition est terrible mais rien n'y fait. Pas même un rude stage en mer, dont se souviendra toute sa vie l'apprenti marin qui manque de mourir et de perdre un pied après la morsure d'un crotale. L'enfant prodigue de retour, le père cède enfin aux volontés artistiques de sa progéniture : peintre il veut être, peintre il sera. Mais pas sans peine. Dandy-artiste, croqueur de femmes et recherchant la reconnaissance du "Salon", il essuiera de nombreux camouflets avant d'être reconnu pour son talent d'avant-gardiste. Fidèle en amitié, ce dernier sera soutenu par ses amis peintres et poètes : Baudelaire, Mallarmé, Verlaine, Monet, Renoir, Degas, Pissaro...

Grand coup de cœur pour cette biographie de Sophie Chauveau, qui érudite sans être pédante, nous balade dans le Paris des peintres phares du XIXème siècle. Un monde de représentation pictural entièrement nouveau, bien loin de la peinture académique et codifiée qui régissait le domaine de la peinture à cette époque !
Les anecdotes sont croustillantes sans tomber dans le graveleux et l'auteure, de sa plume réjouissante, nous immerge dans un Paris frétillant de verve poétique, rhabillé de neuf par le baron Haussmann. 
Entre sourire, cocasserie et émerveillement, voilà un récit de vie passionnant !


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samedi 27 mai 2017

Les Québécois de Laurence Pivot et Nathalie Schneider



















Éditeur : Ateliers Henry Dougier
Parution : 04/05/2017
Nombre de pages : 144
Genre : document

Les auteures :

Laurence Pivot et Nathalie Schneider sont des journalistes franco-canadiennes. La première, qui est une ancienne immigrée au Québec, a épousé un Québécois. À son retour en France, elle a dirigé pendant plusieurs années le magazine hors-série annuel de L'Express " S'installer au Canada ". La seconde s'est établie à Montréal depuis 1993. Spécialiste en activités de plein air et en tourisme d'aventure, elle connaît très bien le territoire pour l'avoir sillonné au gré de ses reportages pour la presse écrite.

Quatrième de couverture :


Les Québécois ne sont ni nos cousins ni des Canadiens comme les autres
Loin des clichés que l'on peut lui attribuer tels que des hivers glacials et interminables, un accent à couper au couteau ou des bûcherons omniprésents... Le Québec est moderne, innovant et ambitieux. 
C'est pour apporter un nouvel éclairage sur ce pays contemporain qui nous fait tant rêver que les auteurs sont allées à la rencontre de ses habitants. Au détour de rencontres avec un immigré hongrois, le producteur de la série "Un gars, une fille", une journaliste d'origine marocaine ou un entrepreneur qui a lancé sa flotte de taxis électriques, c'est une autre vision du Québec qui se dessine. Celle d'un pays en avance qui revendique la plus grande égalité homme/femme, autorise depuis 2005 le mariage homosexuel, développe l'économie sociale ; mais qui possède aussi ses difficultés comme la révolution étudiante ou les débats sur la laïcité.

Mon avis :

Savez-vous à quoi font référence les expressions québécoises être un « pure laine », « tissé serré » et « né pour un p'tit pain » ? Avez-vous entendu parlé du réseautage ? Que savez-vous de la révolte du « printemps érable » et des événements qui furent à son origine ? Êtes-vous au courant que le Quebec est une société plus égalitaire que le moyenne de l'OCDE, notamment dans le domaine des relations hommes-femmes ? Savez-vous que le secteur qui reçoit le plus de subventions au Quebec est celui des arts et de la culture ? Quelle ville Québécoise, championne dans les domaines du numérique et du multimédia surnomme-t-on la « ville de tous les possibles » ? Connaissez-vous le brainstorming expérimental de C2 Montréal (C2 pour commerce + créativité) où le Startupfest ? Que savez-vous du Nord et de ses immenses espaces sauvages et des autochtones vivants au cœur de la taïga et de la toundra (Cris, Innus, Naskapis et Inuits) ? Connaissez-vous l'histoire d'Hydro-Quebec ?...

Riche en anecdotes et émaillé de nombreux témoignages, ce document de la collection lignes de vie d'un peuple est un précieux sésame pour celui qui souhaite en savoir plus sur le Quebec d'hier et d'aujourd'hui, que ce soit dans le domaine politique, économique, social ou culturel. Condensé sur seulement cent quarante-quatre pages, ce petit bouquin a tout d'un grand, grâce à la mine d'informations inédites qu'il vous fera découvrir.
Vous êtes français et vous envisagez de vous installer au Québec ? Alors notez bien ces précieux conseils délivrés par les deux auteures, si vous voulez éviter de passer pour un maudit Français : ne jamais se plaindre de l'hiver, ne surtout pas draguer sur son lieu de travail, éviter de se comparer aux Québécois pures laines et se trouver un nid douillet en dehors du Plateau-Mont-Royal déjà fortement saturé par les petits frenchies !



Merci à Babelio et aux éditions Ateliers Henry Dougier

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dimanche 21 mai 2017

Seules les bêtes de Colin Niel




















Éditeur : Editions du Rouergue
Parution : 04/01/2017
Nombre de pages : 212
Genre : Polar

L'auteur : 



















Colin Niel, né à Clamart en 1976, est l'auteur de trois romans policiers situés en Guyane, "Les Hamacs de carton" (2012), "Ce qui reste en forêt" (2013) et "Obia"(2015). Il a reçu de nombreux prix littéraires, dont le Prix des lecteurs Quais du polar/20 Minutes et le Prix du récit de l’ailleurs (Saint Pierre et Miquelonen 2016, ainsi que le prix Landerneau du polar cette année, pour son tout dernier roman "Seules les bêtes" que je chronique ici.

Quatrième de couverture :


Une femme a disparu. Sa voiture est retrouvée au départ d'un sentier de randonnée qui fait l'ascension vers le plateau où survivent quelques fermes habitées par des hommes seuls. Alors que les gendarmes n'ont aucune piste et que l'hiver impose sa loi, plusieurs personnes se savent pourtant liées à cette disparition. Tour à tour, elles prennent la parole et chacune a son secret, presque aussi précieux que sa propre vie. Et si le chemin qui mène à la vérité manque autant d'oxygène que les hauteurs du ciel qui ici écrase les vivants, c'est que cette histoire a commencé loin, bien loin de cette montagne sauvage où l'on est séparé de tout, sur un autre continent où les désirs d'ici battent la chamade. Avec ce roman choral, Colin Niel orchestre un récit saisissant dans une campagne où le monde n'arrive que par rêves interposés. Sur le causse, cette immense île plate où tiennent quelques naufragés, il y a bien des endroits où dissimuler une femme, vivante ou morte, et plus d'une misère dans le cœur des hommes.


Mon avis :

« Comme quand t'es gamin et que tu te dis que le Causse c'est le plus bel endroit du monde sans voir ce futur qui se prépare, sans savoir que plus tard ces steppes sans fin tu pourras plus les regarder sans avoir envie de chialer. Et en moi j'ai senti revenir les nœuds de la solitude. »

L'hiver est diablement rude chez les caussenards. Entre la "tourmente" dont on craint les violentes bourrasques et la solitude qui broie le cœur des hommes, il faut avoir la peau dure. Lorsque la bourge locale disparaît lors d'une randonnée sur les hauts plateaux, tout le village est en ébullition et chacun y va de ses suppositions. Qu'est-il arrivé à Evelyne Ducat ? Disparition volontaire, accident ou meurtre ? Vous ne le saurez qu'après bien des détours, car l'auteur se plait à nous égarer sur des chemins de traverse avec beaucoup d'habilité, nous réservant un final vraiment ébouriffant ! 
Ce roman polyphonique donne la voix à cinq personnes venant d'horizons différents : une assistante sociale moins sage qu'elle n'y paraît, un paysan taiseux à deux doigts de se mettre une balle dans le buffet, une bimbo siliconée implorant Cupidon, un menteur patenté et un cocu moins niais qu'il n'en a l'air. L'auteur fait passer tout ce petit monde au confessionnal à tour de rôle, nous éclairant petit à petit sur la personnalité de chacun des protagonistes et sur les liens qui les relient. J'ai été vraiment bluffée par l'aptitude de Colin Niel à se glisser dans la peau de personnages aussi hétéroclites, mettant à jour leurs singularités respectives avec beaucoup d'aisance stylistique.
Vous avez envie de vous évader ? Voilà un polar rural qui devrait vous faire voyager vers des contrées beaucoup plus ensoleillées que les rudes terres du Causse, grâce à un habile tour de passe-passe littéraire ! 


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dimanche 14 mai 2017

Les dieux du tango de Carolina de Robertis




















Éditeur : Le Cherche Midi
Parution : 18/05/2017
Traduction : Eva Monteilhet
Nombre de pages : 543
Genre : littérature américaine

L'auteure :















Carolina De Robertis est américaine d'origine uruguayenne. Elle a grandi en Angleterre et en Suisse et vit maintenant en Californie. Elle a travaillé pendant dix ans pour une association défendant les droits des femmes. La Montagne invisible, son premier roman, a connu un succès international et a été traduit dans dix-sept pays.

Quatrième de couverture : 

Février 1913. Leda a dix-sept ans. Elle quitte son petit village italien pour rejoindre en Argentine son cousin Dante, qu'elle vient d'épouser. Dans ses maigres bagages, le précieux violon de son père. 
Mais à son arrivée, Dante est mort. Buenos Aires n'est pas un lieu pour une jeune femme seule, de surcroît veuve et sans ressources : elle doit rentrer en Italie. Pourtant, quelque chose la retient... Leda brûle d'envie de découvrir ce nouveau monde et la musique qui fait bouillonner les quartiers chauds de la ville, le tango, l'envoûte. Passionnée par ce violon interdit aux femmes, Leda décide de prendre son destin en main. Un soir, vêtue du costume de son mari, elle part, invisible, à travers la ville. 
Elle s'immerge dans le monde de la nuit, le monde du tango. Elle s'engage tout entière dans un voyage qui la mènera au bout de sa condition de femme, de son art, de la passion sous toutes ses formes, de son histoire meurtrie. Un voyage au bout d'elle-même. 
Carolina De Robertis signe avec ce roman un texte d'une grande sensualité, une ode à la liberté, à la passion, à la vie. Pour accompagner la destinée de ces personnages sublimes et poignants, le tango, omniprésent, résonne à chaque page. Plus qu'un roman, ce texte est aussi un témoignage captivant sur la Buenos Aires du début du XXe siècle, et un document rare sur la naissance du tango. 

Mon avis : 


« La musique était une flèche qui transperçait les murs les plus épais. La musique faisait oublier les inégalités. La musique transcendait les siècles. C'était le nectar des démons, l'ambroisie de Dieu. »

Le jour où Leda découvre le tango, la tarentelle de son Italie natale lui semble tout d'un coup bien fade. Cette musique la prend aux tripes, l'ensorcelle. Tous ses sens se réveillent et se mettent à bouillonner, comme sortis d'une longue léthargie. 
Consécutivement au décès de son époux, un gréviste malchanceux tombé sous les balles de la police suite à une émeute sanglante, la jeune veuve devait quitter l'Argentine. Elle ne prendra jamais le bateau du retour, choisissant l'exil et ses périls pour vivre sa passion du tango. Un choix impossible et dangereux dans ce pays latin, où en 1913, la femme pauvre ne doit pas dépasser les limites de la cour du conventillo, et se contenter de travaux d'aiguilles si elle veut gagner quelques centavos. Renonçant à sa féminité, Leda endosse l'identité de son défunt mari. Désormais elle sera Dante, un jeune violoniste intrépide ne vivant que pour la musique. Interprète douée, elle jouera d'abord dans des bordels crasseux, finissant par être repérée par le leader d'un éclectique et talentueux trio mêlant bandonéon et violon. La formation musicale est bientôt rejointe par un pianiste et un contrebassiste. La réputation d'excellence de leur sextuor ne cessant de grandir, le groupe de musiciens finira par se produire dans les cabarets fréquentés par l'élite argentine. 
Leda n'existe bientôt plus, totalement écrasée par la personnalité imposante de Dante. Elle vit comme un homme et en vient à penser comme un homme. Surfant avec le danger, vivant des mêmes excès et brûlant des mêmes passions, elle prend de plus en plus de libertés, oublieuse du risque de se faire démasquer et de se brûler les ailes... 

Portrait d'une femme qui se veut affranchie de toutes contraintes en pays machiste, ce roman est un hymne à la liberté sous toutes ses formes. L'écriture de  Carolina de Robertis est poétique, subtile et audacieuse, flirtant délicieusement entre légèreté et gravité. Choisissant la musique comme vecteur d'autonomie, l'auteure nous brosse le portrait d'un peuple issu de l'immigration qui cherche désespérément ses repères dans une société dominée par l'oligarchie. Alors que certains protagonistes de cette histoire vont se livrer à une lutte acharnée contre le patronat en se mobilisant dans l'action syndicale, d'autres se jetteront à corps perdu dans le tango pour oublier leurs désillusions. Cependant, tous leurs actes tendront vers le même but : l'envie de voir se concrétiser leur rêve d'une vie meilleure. 
J'ai aimé l'immersion dans cette argentine multiculturelle et exotique, riche en couleurs et en saveurs, ainsi que la musicalité qui se dégageait de chaque ligne, transpirant à travers la plupart des personnages qui traversaient ce récit au chant mélodieux. 
Si le tango ne se danse pas seul, certains bouquins se dévorent en revanche dans la plus stricte intimité, tel cet addictif pavé au tempo endiablé dont j'ai difficilement pu me détacher avant la dernière ligne ! 


Merci à Babelio et aux éditions du Cherche Midi.

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