Le livre, un outil de liberté ?

Le livre, un outil de liberté ?

dimanche 11 février 2018

L'enfant trouvée de Louis Mercadié




















Éditeur : De Borée
Parution : 18/01/2017
Nombre de pages : 284
Genre : littérature française

L'auteur : 





















Fils d'un tonnelier dont il a conservé le savoir-faire, Louis Mercadié est un amoureux du temps passé. Membre de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron et historien, il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Marie Talabot, une Aveyronnaise dans le tourbillon du XIXe siècle, pour lequel il a reçu deux prix littéraires.

Quatrième de couverture : 

Abandonnée sur le parvis d'une église par une nuit glaciale, Noëlle a été recueillie par les soeurs et va grandir à l'orphelinat. Comme tous les enfants sans famille, la petite fille doit participer aux tâches de nettoyage et d'entretien de l'établissement, jusqu'au jour où on estimera qu'elle est en âge de travailler. Exploitée comme tant d'autres dans une filature puis à la mine, l'existence qui l'attend n'a rien de réjouissant. Pourtant, Noëlle ne baisse jamais les bras. Des écuries d'un château aux barricades de la Commune, du froid des nuits sans toit à la chaleur d'un atelier d'artiste, elle est poussée par l'espoir de retrouver un jour celle qui l'a mise au monde.

Mon avis : 


« L'hiver, le froid intense s'ajoutait à la misère omniprésente. 
Des orphelins traînaient dans les rues, mendiant un morceau de pain ou une pièce d'étoffe pour se couvrir. Les pauvres vivaient de ce que la terre, redoutablement ingrate, voulait bien leur donner. Mais c'était peut-être les enfants qui offraient l'image la plus affligeante de la pauvreté. »


Il ne fait pas bon vivre dans l'Aveyron du 19ème siècle quand on est orphelin. Abandonnée le jour de la nativité, la petite Noëlle est placée à l'orphelinat comme nombre de ses semblables qui n'ont pas eu la chance de connaître les bras protecteurs d'une mère. Des enfants exploités dès leur plus jeune âge, les religieuses qui en ont la charge n'hésitant pas à les envoyer travailler dans les mines ou les fermes avoisinantes qui manquent de bras. Heureusement, le caractère facile et liant de Noëlle lui permettra de supporter plus facilement son triste sort grâce aux belles amitiés qu'elle va nouer avec d'autres fillettes qui partagent sa modeste condition. Devenue adulte, elle décide de partir à la recherche de ses origines, souhaitant avoir des réponses sur les raisons de son abandon. La jeune femme va se lier d'amitié avec des bohémiens qui lui livreront leurs secrets sur les vertus des plantes, l'art d'accoucher les femmes et de soulager leurs douleurs. Un savoir ancestral et des aptitudes qu'elle mettra par la suite au service des autres. 
Apprenant que l'on aurait  aperçue sa génitrice dans les rues de Paris, cette dernière quittera la chaleur du Sud de la France pour rejoindre la capitale. Survivre dans la jungle des rues parisiennes quand on est une jeune femme pauvre est loin d'être aisé, surtout quand l'ouvrage manque et que la révolte gronde. Noëlle devra rassembler tout son courage pour échapper à la misère et faire face aux événements sanglants de la Commune. 
Arrivera-t-elle à retrouver sa mère et à faire la lumière sur son passé ?

Beau portrait de femme qui retrace l'histoire d'une combattante de la liberté qui n'a jamais baissé les bras devant l'adversité, L'enfant trouvée nous relate les conditions de vie effroyables des déshérités du siècle de Zola. Exploitation des jeunes enfants, univers sordide de la prostitution, conditions de travail dégradantes et sous-payées représentaient le lot quotidien des plus démunis qui devaient se battre pour gagner l'équivalent d'un quignon de pain et pouvoir dormir avec un toit au-dessus de leur tête. D'une plume savoureuse, colorée et sans  mièvrerie par laquelle transpire son amour des femmes, Louis Mercadié nous livre une histoire pleine de tendresse et d'authenticité.
Si vous aimez les récits mettant en lumière des femmes battantes, ce roman devrait vous procurer un très agréable moment de lecture ! 



Merci aux éditions De Borée
Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 10 février 2018

Nage libre de Boris Bergmann




















Éditeur : Calmann-Levy
Parution : 03/01/2018
Nombre de pages : 306
Genre : littérature française

L'auteur :














Né à Paris en 1992, Boris Bergmann est récompensé par le Prix de Flore du Lycéen en 2007 alors qu'il a seulement 15 ans, pour son premier roman Viens là que je te tue ma belle (Éditions Scali). Une récompense qui fut créée spécialement pour lui par Frédéric Beigbeder et le jury du Flore. En janvier 2010, il publie son second roman, 1 000 Mensonges (Editions Denoël). Son troisième roman Déserteur sort en août 2016 (Éditions Calmann-Lévy) .

Quatrième de couverture : 


Du haut de son HLM parisien, l’horizon d’Issa se resserre: il vient de rater son bac et n’a pas le moindre projet d’avenir. Par chance, son ami Élie lui propose de le former pour devenir maître-nageur – excellent prétexte pour passer l’été ensemble. Mais Issa garde d’épouvantables souvenirs d’enfance de la piscine.
Il se prête néanmoins au jeu, se faisant violence chaque jour pour dompter le bassin. Sous l’eau, l’enjeu sportif se mue bientôt en un vaste éveil des sens où chaque corps déclenche son désir d’adulte. Plus que le crawl, la conquête de l’autre devient l’obsession d’Issa. Mais la «zone» dans laquelle il vit le laissera-t-elle ainsi s’abandonner ? Et, surtout, sera-t-il là pour Élie quand il aura à son tour besoin d’un ami ? De son style nerveux et acéré, Boris Bergmann dresse le portrait d’une jeunesse qui se débat pour être libre, signant ici un roman d’une grande sensibilité.

Mon avis :


« Elie et Issa sont citoyens de la Zone. Dernier îlot populaire d'un Paris désormais trop cher pour les gens nés dans le tiroir du bas. Dernière petite tache de pourriture sur la carte de la capitale, en haut à droite. Même lavée, standardisée, sécurisée, embourgeoisée, starbuckisée, la ville se doit de conserver quelques bactéries dans son estomac. »

Que faire comme projets d'avenir quand on vient de rater son bac et que l'on ne fait pas partie des nantis de la République ? 
Issa, musulman d'origine malienne qui a grandi dans la "zone", a été élevé par une mère célibataire cabossée par la vie qui a du mal à joindre les deux bouts en faisant des ménages. Mal dans ses baskets et classé dans la catégorie des asociaux par ses professeurs, Issa n'a qu'Elie pour ami. Nullement mieux loti que son camarade, Elie subit les brutalités de son beau-père, un juif ultra-orthodoxe qui s'avère être un tyran domestique  d'une  grande violence. Cachant sa souffrance derrière une assurance feinte, le jeune homme protège du mieux qu'il peut son ami Issa qui est le souffre-douleur des petits caïds de la cité. 
Désœuvrés et fauchés en cet été qui s'annonce particulièrement morose malgré le beau temps, Elie décide d'initier son ami aux joies de la natation. Au départ très réticent, Issa va bientôt surmonter son malaise initial et partager l'engouement de son ami pour la nage. Un sport qui va lui apprendre à maîtriser un corps dont il a honte et l’amener progressivement à apprécier la présence des autres ainsi qu'à vivre ses premières expériences amoureuses. 
Pourtant, tapie dans l'ombre, une menace plane sur les deux amis. 
Issa pourra-t-il échapper à l'emprise délétère de la "zone" et sauver son ami Elie d'un péril imminent ?

Poignant roman d'apprentissage célébrant l'amitié et la liberté, Nage libre nous entraîne dans l'univers abrupt des quartiers de relégation où la délicatesse et la poésie n'ont pas le droit de cité. 
De sa plume aussi caressante que percutante, Boris Bergmann distille un superbe souffle poétique à ce récit. En chapitres courts et rythmés, l'auteur brosse un portrait saisissant d'une jeunesse désabusée et en mal de repères qui cherche désespérément à sortir la tête hors de l'eau. 
Si je devais résumer ce roman en une seule phrase, je dirais que c'est une bouleversante plongée en apnée dans les territoires secrets d'une amitié qu'aucune barrière ne peut briser. 
Alors si le voyage vous tente, n'hésitez pas à vous immerger dans ce beau récit teinté d'espoir ! 




Merci à Babelio et aux éditions Calmann-Levy.

Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 28 janvier 2018

Le roman d'amour de George Sand de Geneviève Chauvel




















Éditeur : De Borée
Parution : 18/01/2018
Nombre de pages : 292
Genre : roman historique

L'auteure : 


















Née à Fréjus, Geneviève Chauvel passe son enfance en Syrie, puis en Algérie. Diplômée en droit et en sciences économiques, elle a exercé la profession de grand reporter avant de se tourner vers l'écriture de biographies consacrées à de femmes au destin exceptionnel telles que : Olympe de Gouges (Olivier Orban), Lucrèce Borgia, Marie Leczinska, Elisabeth Vigée Lebrun, Eugénie de Montijo (Pygmalion), Aïcha la bien-aimée du Prophète (Télémaque), et Sainte Geneviève, premier maire de Paris (l'Archipel). 

Quatrième de couverture :


De nombreux ouvrages ont raconté l'histoire de George Sand, cette femme singulière qui s'habillait en homme, fumait comme un homme, écrivait sous un nom d'homme, et fit scandale par son mépris des tabous, son indépendance, et cet esprit de liberté qui annonçait le féminisme dont elle fut le chantre précurseur. Ses idylles ont défrayé la chronique : Musset, Chopin... On connaît moins ses autres liaisons : l'actrice Marie Dorval, l'avocat révolutionnaire Michel de Bourges, le graveur Alexandre Manceau pour ne citer qu'eux... Furent-ils des caprices ? A-t-elle vraiment aimé ? Fut-elle aimée ? Quel amour a-t-elle cherché ? Quel amour a-t-elle rencontré ? Elle-même avouait avoir connu diverses sortes d'amour : amour d'artiste, de femme, de soeur, de mère, de religieuse, de poète... Geneviève Chauvel s'est penchée sur ce parcours amoureux hors du commun, et sa plume sensible nous entraîne dans les méandres d'une quête du sublime dans un amour absolu. La vie de George Sand nous apparaît alors comme le plus beau de ses romans.

Mon avis : 


« Ceux qui descendent dans la fosse aux lions et en ressortent à demi dévorés resteront-ils mutilés et rampants toute leur vie ? Bah ! Vive l'amour quand même. »


Bravant les valeurs et les conventions sociales de son époque, George Sand née Amantine Aurore Lucile Dupin, va défrayer la chronique par ses frasques amoureuses, sa plume impertinente et son goût pour les tenues masculines. 
Élevée par une grand-mère instruite qui l'initie à la pensée voltairienne et lui fait découvrir les grands auteurs, cette femme douée d'un esprit vif bâille d'ennui devant le tranquille bonheur domestique qui réjouit la plupart de ses contemporaines. Peu douée pour les amitiés féminines, cette brune piquante qui fait tourner les têtes et chavirer les esprits est constamment entourée par une cour de soupirants avec qui elle peut deviser librement, galoper dans les bois où fumer le cigare et la pipe. Mariée dès l'âge de 18 ans à un homme rustaud qui boude les plaisirs de l'intellect, la jeune femme s'étiole, s’ennuyant de la vie monotone qu'elle mène dans son domaine Berrichon. 
Malgré l'occupation occasionnée par la naissance de ses deux enfants, cette dernière sent que le spleen gagne du terrain. Incapable de continuer à vivre une vie qu'elle juge étouffante de fadeur, elle va imposer l'équivalent d'un contrat d'union libre à son époux, exigeant de vivre six mois de l'année à Paris en toute liberté, promettant à son mari de financer son indépendance grâce à ses écrits. Romancière prolifique, cette dernière consacre ses nuits à l'écriture. Avec la régularité d'un métronome, elle rédige ses vingt feuillets par jour ! 
Faisant fi des ragots, George Sand n'hésite pas à vivre ses passions au grand jour. Son idéal d'amour ? Une communion du corps, du cœur et de l'esprit qu'elle recherchera avidement auprès de ses amant(e)s dont les plus célèbres seront Alfred de Musset, Frédéric ChopinMarie Dorvalle ténor du barreau Michel de Bourges ou le graveur Alexandre Manceau...

Grand coup de cœur de ce début d'année 2018, cette épopée amoureuse de George Sand se dévore comme une exquise friandise. 
Difficile de résister à cette lecture dont le ton est enlevé et plein de malice. Croustillantes sans être licencieuses, les anecdotes qui émaillent cette biographie romancée sont des plus savoureuses. Avec entrain et érudition, Geneviève Chauvel nous fait cavaler de Venise à Majorque dans les bras des hommes les plus célèbres de son époque. On croise dans ces pages Balzac, Sainte-Beuve, Chateaubriand, Delacroix, LisztEugène Sue, Pierre Leroux, ou encore Félicité de Lamennais. On s'amuse des frasques de cette croqueuse d'hommes qui révolutionna son temps par son audace, ses excentricités et la modernité de ses écrits. 
Que vous soyez où non un(e) inconditionnel(lle) de la célèbre femme de lettres berrichonne, je vous conseille vivement la lecture de cette irrésistible odyssée amoureuse et littéraire !




Merci aux éditions De Borée

Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 27 janvier 2018

Le livre qui vole d'Yves Montmartin





















Éditeur : Yves Montmartin
Parution : 10/01/2018
Nombre de pages : 223
Genre : littérature française

L'auteur :














Yves Montmartin est né à Saint-Etienne en 1953 et il souffre depuis son enfance de bibliophagie, maladie qu'il soigne avec de la lecture matin, midi et soir. La bibliothèque associative dont il est un des bénévoles est devenue son centre de soins. L’écriture du "livre qui vole", son premier roman, doit être considérée comme une thérapie.

Quatrième de couverture : 


La vie de Paul Vermorel bascule le soir du 13 novembre 2015. Isabelle, sa compagne et leur fille Aurélie sont tuées dans l’attentat du Bataclan. Le livre qu’il a tiré de cette tragédie a connu un certain succès. Epuisé par une année de promotion à travers toute la France, il part se ressourcer au bord de l’océan à Keravan un village du Morbihan. Alice la libraire du livre qui vole, Valjean le chat qui écoute Mozart et regarde le journal télévisé, le docteur Bermond allergique à l’informatique, Le Gourrierec, maire de la commune, patron du Jo’bar où l’Ancien et ses deux potes musiciens, surnommés les Tri-ânes, viennent répétés chaque vendredi soir, Berthon, Breton la Solidarité, compagnon carrossier du devoir du tour de France et surtout Clémence l’institutrice, tous ces habitants de Keravan vont aider Paul à se reconstruire. 
Ce roman est un hommage à tous les enseignants qui apprennent à leurs élèves les plaisirs de la lecture leur ouvrant ainsi les portes du monde infini de l’imaginaire.

Mon avis : 


« La lecture a toujours été ma compagne des bons moments et des périodes de doutes. Je ne crois pas avoir jamais connu l'ennui. »


Devenu romancier à succès après avoir écrit un livre relatant la perte tragique de sa femme et de sa fille, Paul Vermorel reste un homme brisé qui a beaucoup de mal à se reconstruire et à tourner la page. Afin de surmonter son deuil, ce dernier décide de changer de cadre de vie et de quitter la capitale pour Keravan, un petit village du Morbihan où il espère trouver un semblant de quiétude et l'inspiration pour son prochain roman. Paul va rapidement se familiariser avec les lieux et faire la connaissance d'une succession de personnages pittoresques, tombant sous le charme de ce petit bourg et notamment de la librairie Le livre qui vole, un lieu d'échange entre amateurs de littérature qui fait également office de salon de thé.
Croquant le portrait intime de chaque habitant du village au fil des chapitres, Yves Montmartin fait durer le suspense et l'on se demande avec curiosité ce qu'il est advenu de Paul et de son désir de renouer avec la vie. Ce n'est que dans les toutes dernières pages du récit que notre romancier endeuillé par les épreuves refait surface. Ressortira-t-il guéri de cette aventure ? 

Malgré un schéma narratif plutôt déroutant, ce roman rédigé sous la forme d'un patchwork est très agréable à lire. Débordant d'humanité et de tendresse, ce récit nous plonge dans l'univers de personnages  empathiques qui ont pour traits communs l'esprit d'entraide et de camaraderie ainsi que l'amour du travail bien fait. J'ai particulièrement apprécié l'incursion dans l'univers des Compagnons du devoir et des Tréteaux de France dont je méconnaissais l'environnement.
Ode à l'amitié et à l'amour des livres, ce roman rafraîchissant devrait séduire ceux qui souhaitent mettre un peu de soleil dans leur lecture !  



Merci à Yves Montmartin.

Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 20 janvier 2018

Violette Leduc de Carlo Jansiti

Éditeur : Grasset
Parution : 23/10/2013
Nombre de pages : 496
Genre : biographie

L'auteur : 


Natif d'Italie du sud, Carlo Jansiti est écrivain et journaliste. L'auteur qui s'est installé à Paris depuis 1986 est le responsable du Fonds Violette Leduc à l'Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine.


Quatrième de couverture : 

Maurice Sachs lui "ordonna" d'écrire, Simone de Beauvoir la découvrit en 1945, Albert Camus la publia l'année suivante. Admirée par Cocteau, Genet, Jouhandeau et Sartre, Violette Leduc (1907-1972) est une figure des plus singulières de la littérature française du XXe siècle.
Si ses premiers livres conquirent un cercle d'admirateurs fervents, ils ne touchèrent pas le grand public. Pendant vingt ans, Violette Leduc fut "un désert qui monologue". Ce n'est qu'en 1964, à la parution de La Bâtarde, récit autobiographique lancé par une élogieuse préface de Simone de Beauvoir, qu'elle sortit brutalement de l'ombre. Violette Leduc racontait sa vie sans fausse pudeur : bâtarde, laide, pauvre, amoureuse de femmes, d'homosexuels, voleuse à l'étalage et trafiquante au marché noir... Le succès de scandale de La Bâtarde, la personnalité pittoresque et attachante de l'auteur finirent pas masquer l'immense écrivain.
Son esprit était trop libre pour ne pas choquer. Violette Leduc a traversé le siècle en défiant conventions et tabous avec une originalité, une hardiesse de ton encore aujourd'hui surprenantes.
Grâce à de nombreux témoignages, et à une documentation inédite exceptionnelle, cette biographie retrace la vie parallèle de l'auteur de La Bâtarde, révèle les omissions et le travestissement, éclaire d'une lumière nouvelle et inattendue cette "sincérité intrépide" saluée par Simone de Beauvoir. Elle rend justice à un écrivain à redécouvrir.  

Mon avis : 

« Je m'en irai comme je suis arrivée. Intacte, chargée de mes défauts qui m'ont torturée.
J'aurais voulu naître statue, je suis une limace sous mon fumier. »

Femme de lettres atypique admise dans le sérail des plus grands auteurs du 20ème siècle, Violette Leduc fut découverte par Simone De Beauvoir. Cette dernière, littéralement subjuguée par la plume de celle qu'elle surnommait "la femme laide", décida de la prendre sous son aile et lui apporta son soutien jusqu'à sa mort. Percevant le potentiel de Violette, elle l'encouragea à se consacrer à l'écriture et lui versa même une allocation mensuelle (équivalente à 600 euros de notre monnaie actuelle) quinze ans durant, jusqu'à ce que cette dernière rencontre enfin le succès en 1964 avec son roman à scandale La bâtarde. Fille d'une domestique engrossée par le fils du maître de maison, Violette Leduc souffrit toute sa vie de son enfance miséreuse, de son physique ingrat et du rejet paternel. Puisant dans ses carences pour alimenter son oeuvre, la majorité des romans de l'auteure furent d'inspiration autobiographique. Indomptable, affamée d'amour, ambiguë et cultivant le goût de la provocation, cette dernière n'hésita pas à coucher sur papier ses amours saphiques et à parler de ses vols à l'étalage ou de ses activités de trafiquante au marché noir. Si elle choqua parfois ses contemporains par ses actes délictueux et son absence de tabous, elle fût cependant saluée par ses pairs pour la singularité et la beauté de son oeuvre.    

Passionné par les écrits de Violette Leduc dont il dit qu'ils ont modifié le cours de sa vie en lui permettant de balayer les préjugés qui le brisaient, Carlo Jansiti est également le responsable du Fonds Violette Leduc. 
Fruit d'une considérable recherche bibliographique et émaillé d'interviews de proches et de personnalités du monde des lettres qui pour la plupart n'ont pas hésité à mettre leurs archives à la disposition du biographe ainsi que d'extraits d'échanges épistolaires et de passages marquants de ses romans, Carlo Jansiti nous livre un témoignage dense et exceptionnel sur cette écrivaine d'avant-garde à la plume nourrie par la douleur et la soif d'amour. 
Laissons le mot de la fin à Jean Cocteau qui disait d'elle : « Violette Leduc ne fait pas ce qui se fait mais ce qui se fera. C'est le secret et le martyrologue des vrais artistes. » 



Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 13 janvier 2018

1974 d'Arnaud Codeville




















Éditeur : Arnaud Codeville
Parution : 01/05/2017
Nombre de pages : 546
Genre : littérature d'épouvante

L'auteur :






















Né en 1980 dans le nord de la France, Arnaud Codeville est infographiste et développeur web. Passionné de jeux de rôles et amateur de films d'horreur, ce dernier apprécie tout particulièrement les écrits de Stephen King et de H.P Lovecraft. Il est également l'auteur de La tour de Sélénite (2015). En octobre 2016, il remporte avec 1974 le concours des plumes francophones organisé par Amazon.

Quatrième de couverture :

À Sebourg, petit village du Nord de la France, c’est l’effervescence. Les pompiers mettent le feu au 16 de la rue Jean Jaurès. 
La plupart des habitants se massent pour admirer le spectacle. Tous redoutent la vieille demeure et tous se réjouissent de la voir disparaître à jamais du paysage et pour cause : elle serait hantée…
Parmi la foule de curieux, un homme assiste à l’incendie. Il est sans doute le seul à être aussi fasciné par l’agonie de la bâtisse…
Pour rien au monde, il n’aurait raté ce moment.

Mon avis : 


« La plupart des habitants de la rue Jean Jaurès à Sebourg ignoraient totalement les véritables raisons qui avaient poussé les pompiers ainsi que les autorités de la ville à mettre le feu au numéro seize. On raconte encore aujourd’hui que l’incendie aurait permis de contenir une invasion de cafards ou, selon les dires de certains, de vermines prêts à infester toute la rue voire le village entier.
La maison fut, bien avant son exécution, sujette à de nombreuses rumeurs plus ou moins étranges. Les enfants des environs s’interdisaient de marcher sur le trottoir qui la jouxtait comme si, inconsciemment, une force bienveillante leur dictait de ne pas s’en approcher. »


Qu'est-ce qui a bien pu pousser Jules Lallemand à faire brûler la maison que son frère lui a léguée ? Une lubie de vieillard à l'esprit dérangé ou au contraire une sage décision motivée par des raisons qui dépassent l'entendement ? Le lieutenant Joël Masson s'interroge. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que cette sinistre bâtisse va complètement changer le cours de son existence et lui faire vivre des événements hallucinants. Cet homme anéanti par le décès accidentel de sa fille n'est plus que l'ombre de lui-même. Le jeune policier prometteur qu'il était est devenu une épave qui brûle la chandelle par les deux bouts. Son supérieur, excédé par ses frasques et sa démotivation, lui confie l'affaire de la dernière chance : soit il se ressaisit, soit il est congédié des forces de l'ordre ! Masson doit enquêter sur une plainte pour violation de domicile, une affaire banale de prime abord qui va se montrer beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Le policier se jette à corps perdu sur ce dossier dont les ramifications remontent à 1974 et qui va bouleverser toutes ses certitudes et le conduire aux portes des ténèbres. Des meurtres barbares, un inquiétant pensionnat, une mystérieuse dame au châle noir et des jumelles maléfiques vont croiser la route du lieutenant Masson qui devra livrer un combat décisif contre l’innommable. Pourra-t-il résister aux forces démoniaques qui cherchent à prendre possession de lui et à l'anéantir ?

Mêlant polar et épouvante, 1974 qui se situe dans le même registre que L'exorciste est un roman plutôt réussi dans son genre. Pas vraiment fan de romans horrifiques, je me suis pourtant laissée embarquer dès les premières pages. L'écriture est fluide et surtout très visuelle, les personnages sont bien croqués et l'auteur arrive à nous faire frémir sans multiplier les scènes gores ou grand-guignolesques. 
Page-turner efficace où l'intrigue surnaturelle est habilement distillée, 1974 devrait trouver son lectorat chez les amateurs de suspense et de frissons !



Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 7 janvier 2018

Nos disparus de Tim Gautreaux




















Éditeur : Points
Parution : 27/08/2015
Nombre de pages : 573
Traduction : Marc Amfreville
Genre : littérature américaine

L'auteur : 





















Né en 1947 en Louisiane, Tim Gautreaux est professeur émérite à la Southeastern Louisiana University. Il est devenu romancier après avoir suivi les ateliers d'écriture dispensés par l'écrivain Walker PercyTim Gautreaux qui s'est vu décerner Le prix John Dos Passos en 2005 est également l'auteur de deux autres romans : Le dernier Arbre (2013) et Fais-moi danser, Beau Gosse (2016). 

Quatrième de couverture : 


De retour à La Nouvelle-Orléans après la Grande Guerre, Sam Simoneaux assiste impuissant à l'enlèvement d'une petite fille. À la recherche de l'enfant, il embarque à bord de l'Ambassador, bateau à aubes qui sillonne le Mississippi au rythme endiablé des concerts de jazz. Au gré des escales et des bagarres, Sam ne tarde pas à mettre au jour un fructueux commerce d'enfants animé par la pègre des bayous.

Mon avis :


« Le jazz était encore une denrée rare au long du Mississippi, et les amateurs, les jeunes gens, les mordus de danse - huppés ou péquenauds, ouvriers de scieries et beautés de plantations - descendaient jusqu'à la rive le soir venu pour prendre d'assaut le vapeur éclatant de lumière et se glisser à la nuit tombée sur le pont afin de respirer la brise, et exécuter les pas, ou plutôt se laisser guider par cette étrange et puissante musique qui remontait le fleuve à leur rencontre depuis La Nouvelle-Orléans. »


Nous sommes dans les années 1920, à l'époque où la prohibition a été mise en place aux États-Unis. L'Ambassador, modeste bateau d'excursion parcourant les eaux fluviales du Mississippi, représente un lieu de distraction très couru par les populations qui vivent sur les rives avoisinantes. En ces temps d'austérité où les hommes s'épuisent souvent à la tâche, ce nouveau courant musical qu'est le jazz fait de plus en plus d'adeptes. S'enivrant de danse et d'alcools de contrebande, les hommes trouvent en ces lieux un moyen d'échapper à la morosité ambiante, transportés par le rythme effréné des morceaux hardiment interprétés par les jazzmen. Sam Simoneaux, un homme hanté par son passé douloureux, est chargé de faire régner l'ordre sur ce bateau où les bagarres sont fréquentes car favorisées par l'abus des alcools frelatés. Culpabilisé par le kidnapping d'une petite fille dans le grand magasin où il était chargé de la sécurité, ce dernier s'est fait embaucher sur l'Ambassador afin d'assister les malheureux parents dans leurs recherches, la police ne faisant pas grand cas de la disparition d'une enfant pauvre. Pourquoi la petite Lili a-t-elle était enlevée ? Qui sont ses ravisseurs ? Sam réussira-t-il à la retrouver ?


Dans la même veine que les écrits des sudistes Pat Conroy ou Tom Franklin, Tim Gautreaux nous dresse un portrait captivant du sud des États-Unis. Son roman qui se situe à l'époque des années folles nous dépeint une décennie marquée par le puritanisme et l'accroissement du banditisme. D'une plume vivante et colorée, l'auteur met en relief un contraste saisissant entre la misère la plus noire et l'opulence des possédants, au lendemain d'une première guerre mondiale qui marqua profondément les soldats américains qui participèrent aux combats. 
Sur fond de musique jazz, l'auteur nous brosse le portrait d'un personnage rongé par des événements sanglants et en quête de filiation, un homme partagé entre son intégrité et son désir de vengeance. 
Entre marécages et coupe-jarrets, le Mississippi de Tim Gautreaux est loin d'être un long fleuve tranquille !



Rendez-vous sur Hellocoton !